operavivi Jon Vickers, ténor wagnérien (il)limité
commis le 14/11/03

 Limité, oui, mais en nombre de rôles seulement ! Illimité en talent ! Siegmund, Parsifal et Tristan, les trois seuls rôles wagnériens de Jon Vickers dit Vivi (on ignorera son épisodique Erik du MET pour lequel nous n'avons aucun témoignage, voilà le hic ) ! Il refusa Tannhäuser pour des raisons d’éthique chrétienne, on ne peut que le regretter, et regretta (et nous donc !) de ne pas se voir proposer Lohengrin "Hélas, on ne me l'a jamais demandé. Il en a été question avec Karajan mais, après Siegmund, lui aussi a voulu que je chante Tristan... et Lohengrin est tombé aux oubliettes." (Opéra international n° 261 d'octobre 2001, interview de Monique Barichella)

     Jon Vickers aborda ces rôles au début de sa carrière internationale pour les deux premiers, Siegmund en 1958 à Bayreuth et Parsifal en 1959 à Londres mais Tristan seulement en 1971 à Buenos-Aires, après avoir refusé de le chanter avec Knappertsbusch circa 1960, on ne peut que le regretter –ter. Extrait de l’interview d’Éric Dahan dans Libé (mâtin, quel journal) du 1er mars 2001 (à l’occasion de l’année du bicentenaire Verdi) : «…, je suis allé à Bayreuth, où ce tyran de Knappertsbusch m’a demandé de chanter la Walkyrie Il m’a ensuite offert Tristan. Melchior était mort, il n’y avait plus de Tristan dans le monde mais je ne me sentais pas prêt et j’ai proposé Parsifal. Furieux, il a répondu que ce n’était pas à moi de décider. »

     Mêmes rapports difficiles avec Wieland Wagner, que Jon Vickers admirait pourtant. Opéra international n° 261 d'octobre 2001 (interview de Monique Barichella) :

       "À propos de Wieland Wagner, c'était un génie indiscutable, mais aussi un homme très difficile. Après Die Walküre, en 1958, il voulait m'engager pour une nouvelle production de Tristan und Isolde et moi, je souhaitais seulement Parsifal. Il m'a simplement dit :"Ce n'est pas parce que vous avez eu du succès que vous allez décider ce que vous ferez à Bayreuth" !

      Pour être sincère, je n'ai pas voulu devenir un ténor "wagnérien", et je n'ai jamais chanté les deux Siegfried [Siegfried et Götterdammerung]."

       Le cas Tannhäuser est connu comme l'exemple parfait de la force des convictions de Jon, convictions chrétiennes en l'exemple.

      "Je devais aborder Tannhäuser et, jusqu'au dernier moment, j'ai essayé de m'accommoder du personnage... en vain. Je suis un chrétien convaincu et Tannhäuser va à l'encontre du christianisme, non pour des raisons morales, mais parce que la rédemption se fait à travers la mort de Jésus-Christ, alors que le personnage prétend l'atteindre grâce à sa propre pénitence, pieds nus dans la neige ! Pour moi, c'est inacceptable. À la suite de mon annulation, j'ai lu des horreurs dans la presse, du style : "Jon Vickers se prend pour Jésus-Christ" !

   Siegmund fut son premier grand rôle hors d’Angleterre, Tristan le dernier rôle où il s’illustra vraiment (il n’eut ensuite comme prises de rôle marquantes que Hérode (Salome) et Pollione (Norma) à Orange en 1974).

     Peut-on être un grand chanteur wagnérien avec seulement trois personnages ? La réponse, ma réponse est oui,

- si ces personnages sont des protagonistes essentiels, ce qui est le cas, il y a deux rôles titres sur les trois et le premier acte de la Walkyrie n’est pratiquement qu’un duo Siegmund-Sieglinde,

- si ces rôles sont de grands et beaux rôles

- s’ils sont chantés de manière unique, ce dont je vous laisserai seuls juges, ma propre opinion vous étant, je pense, assez facile à deviner.

     Jon "Vivi" Vickers a laissé des témoignages au disque de ses trois rôles qui sont tous des éléments primordiaux de la discographie des trois opéras,

voir ses discographies pour les références.

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