Limité,
oui, mais en nombre de rôles seulement ! Illimité en
talent ! Siegmund, Parsifal et Tristan, les trois seuls rôles
wagnériens de Jon Vickers dit Vivi (on ignorera son épisodique
Erik du MET pour lequel nous n'avons aucun témoignage,
voilà le hic ) ! Il refusa Tannhäuser pour des raisons
d’éthique chrétienne, on ne peut que le regretter,
et regretta (et nous donc !) de ne pas se voir proposer Lohengrin "Hélas,
on ne me l'a jamais demandé. Il en a été question
avec Karajan mais, après Siegmund, lui aussi a voulu que
je chante Tristan... et Lohengrin est tombé aux oubliettes." (Opéra
international n° 261
d'octobre 2001, interview de Monique Barichella)
Jon
Vickers aborda ces rôles au début de sa carrière
internationale pour les deux premiers, Siegmund en 1958 à Bayreuth
et Parsifal en 1959 à Londres mais Tristan seulement en
1971 à Buenos-Aires, après avoir refusé de
le chanter avec Knappertsbusch circa 1960, on ne peut que le
regretter –ter. Extrait de l’interview d’Éric
Dahan dans Libé (mâtin, quel journal) du 1er mars
2001 (à l’occasion de l’année du bicentenaire
Verdi) : «…, je suis allé à Bayreuth,
où ce tyran de Knappertsbusch m’a demandé de
chanter la Walkyrie Il m’a ensuite offert Tristan. Melchior était
mort, il n’y avait plus de Tristan dans le monde mais je
ne me sentais pas prêt et j’ai proposé Parsifal.
Furieux, il a répondu que ce n’était pas à moi
de décider. »
Mêmes
rapports difficiles avec Wieland Wagner, que Jon Vickers admirait
pourtant. Opéra international n° 261
d'octobre 2001 (interview de Monique Barichella) :
"À propos
de Wieland Wagner, c'était un génie indiscutable,
mais aussi un homme très difficile. Après Die
Walküre, en 1958, il voulait m'engager pour une nouvelle
production de Tristan und Isolde et moi, je souhaitais
seulement Parsifal. Il m'a simplement dit :"Ce
n'est pas parce que vous avez eu du succès que vous
allez décider ce que vous ferez à Bayreuth" !
Pour être
sincère, je n'ai pas voulu devenir un ténor "wagnérien",
et je n'ai jamais chanté les deux Siegfried [Siegfried
et Götterdammerung]."
Le
cas Tannhäuser est connu comme l'exemple parfait de la force
des convictions de Jon, convictions chrétiennes en l'exemple.
"Je
devais aborder Tannhäuser et, jusqu'au dernier
moment, j'ai essayé de m'accommoder du personnage...
en vain. Je suis un chrétien convaincu et Tannhäuser va à l'encontre
du christianisme, non pour des raisons morales, mais parce
que la rédemption se fait à travers la mort de
Jésus-Christ, alors que le personnage prétend
l'atteindre grâce à sa propre pénitence,
pieds nus dans la neige ! Pour moi, c'est inacceptable. À la
suite de mon annulation, j'ai lu des horreurs dans la presse,
du style : "Jon Vickers se prend pour Jésus-Christ" !
Siegmund
fut son premier grand rôle hors d’Angleterre, Tristan
le dernier rôle où il s’illustra vraiment
(il n’eut ensuite comme prises de rôle marquantes
que Hérode (Salome) et Pollione (Norma) à Orange
en 1974).
Peut-on être
un grand chanteur wagnérien avec seulement trois personnages
? La réponse, ma réponse est oui,
-
si ces personnages sont des protagonistes essentiels, ce qui
est le cas, il y a deux rôles titres sur les trois et
le premier acte de la Walkyrie n’est pratiquement qu’un
duo Siegmund-Sieglinde,
-
si ces rôles sont de grands et beaux rôles
-
s’ils sont chantés de manière unique, ce
dont je vous laisserai seuls juges, ma propre opinion vous étant,
je pense, assez facile à deviner.
Jon "Vivi" Vickers
a laissé des témoignages au disque de ses trois
rôles qui sont tous des éléments primordiaux
de la discographie des trois opéras,
voir ses
discographies pour les références.