operavivi Jon Vickers, ténor et la critique

commis le 15.11.2003

biographie sommaire

discographie

Des jugements sur Vickers

  Dans le livre LES STARS de l'opéra, Enrico Stinchelli, écrit dans un paragraphe à l'intitulé explicite, Le crépuscule des dieux, où il cause des derniers Heldentenor de l'après-guerre, Windgassen, Suthaus et autres Vickers :

     "Le ténor canadien Jon Vickers (Prince Albert 1926) est à proprement parler un ténor wagnérien, bien que, de 1956 à nos jours, il se soit surtout fait remarquer comme un excellent ténor dramatique verdien (Othello) et dans des rôles tels que Don José de Carmen, Samson dans Samson et Dalida de Saint-Saëns, Pollione dans Norma. Au cours des années soixante-dix, sa voix est restée robuste et vigoureuse dans les notes centrales, puissante et sûre dans les aigus (au moins jusqu'au si bémol), capable de se plier à toutes les nuances expressives ou dynamiques requises par la partition, et donc de rendre son phrasé très varié.
       Au  fil du temps son excellence technique et les ressources de son timbre qui n'étaient pas vraiment consistantes se sont gâtées. Vickers continua à remporter des succès, surtout à Londres et en Amérique, grâce à son intelligence et à sa sensibilité d'interprète : le public de Florence n'oubliera pas son interprétation hors du commun du Winterreise de Schubert voici quelques années, qui fut une preuve excellente de polyvalence, de préparation technique et de style.
Le ténor canadien a entretenu un long rapport avec le théâtre de Covent Garden depuis 1957 ; il y a chanté surtout Don José, Énée, Don Carlos, Radamés, Florestan, Siegmund et un splendide Peter Grimes
."

      Et du Dictionnaire des interprètes

d'Alain Pâris, ce jugement, qui a mon entière approbation, sauf pour le manque de brio, oeuf de course :

       "Hostile au culte de la personnalité, la musique et la spiritualité pour lui ne font qu'un, aussi est-il intransigeant dans ses choix. Beethoven, Verdi, Berlioz, Puccini [???], Britten (Peter Grimes) font partie de son univers. Il donne la plus grande part à l'émotion profonde, à l'expressivité, ayant un sens dramatique inné et une prédilection pour les personnages tourmentés, inquiets, qui correspondent à sa propre recherche. Sa voix, au timbre très particulier, n'a pas le brio des ténors italiens ; elle est convaincante, venue des profondeurs, chargée de passion."

      Colin Davis a dit de lui dans une interview à Répertoire (mai 2001) "Regardez Peter Grimes : Jon Vickers était si extraordinaire que je n'ai plus jamais dirigé cette oeuvre depuis !".

       «Une personnalité à part dans le paysage lyrique contemporain. Il aurait probablement fait une fantastique carrière d’acteur dramatique… s’il n’avait pas possédé ce timbre en clair-obscur qui n’appartient qu’à lui. Musicien intransigeant, personnage en perpétuelle recherche, Vickers convainc plus qu’il ne séduit, émeut plus qu’il ne brille. Sur scène, rien de ce qui est génial ne lui est étranger.» Tirées d’Autrement, numéro de juin 1985 sur l’opéra, ces quelques lignes de Jean-Vincent Richard résument bien l’opinion générale des amateurs, sinon totalement la mienne qui suis parfois séduit plus que convaincu (je me rends !).

Dans son livre "Une vie pour la Musique Entretiens avec Richard Osborne" (page 99 de la traduction française, Éditions de l'Archipel, Paris, 1999), Karajan déclare à propos de notre Chéri Vivi :

        "Le travail de Jon Vickers m'éblouit depuis longtemps. C'est un homme complexe : il réfléchit mûrement à chaque rôle et il insiste pour que vous lui donniez beaucoup de détails. Mais sa présence, et avant tout son interprétation musicale sont excellentes. Dans mes grands rôles - son Tristan, son Othello -, il apporte au personnage un sens unique du phrasé. Et ce phrasé si personnel, il sait le laisser monter et s'exprimer. Avec beaucoup de chanteurs, la musique suit simplement son chemin ; lui, il en fait toujours quelque chose de personnel, de spécial. Plus tard, quand il a commencé à perdre ses notes hautes, j'ai tenté de le persuader de chanter Wozzeck avec moi. Il aurait fait un merveilleux Wozzeck."

Fidelio

Classica N° 54 été 2003 page 87 (André Tubeuf, sans doute...) :

"Le plateau vocal qui entoure Otto Klemperer, en 1932, pour ce Fidelio (le seul opéra de Beethoven), est un monument de l'histoire du disque. Si la direction de Klemperer est tournée entièrement vers le drame, l'ampleur de sa battue impose aux artistes de repousser leurs propres limites vocales (on sait par exemple que Ludwig était mezzo et non soprano). Ces voix nous font partager leur plaisir de respecter le souffle de chaque syllabe, d'éclairer avec le ton du récitatif les apartés. (

...À l'humaine luminosité du timbre de Vickers répond... [...]"

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les commentaires de Sergio Segalini (directeur d’Opéra International) sur l’immense Jon Vickers Vivi :

pour la version Klemperer

" Et puis le divin Vickers, parfait, mélange de jeunesse et de justesse, de tendresse et de lyrisme, héroïque "

pour la version Karajan

" Nous retrouvons Vickers qui a gagné en poésie ce qu’il a perdu en héroïsme, en intériorité ce qu’il a perdu en éclat. Encore une fois un Florestan historique. "


Tristan und Isolde

MYTO Records CD 021.257 3 CD

    C'est Répertoire, mâtin, quel journal ! qui en a causé, page 102 du numéro de novembre 2002 :

<<Deux parution majeures [l'autre c'est Kna 52 Parsifal]...

   Tristan et Isolde capté à Vienne en 76... Tristan de Vickers est monumental, albatros fascinant dans la scène des songes du troisième acte...

    Un son un peu caverneux, lointain et quelques craquements ne doivent pas vous priver de cette merveille>>

    Et le commentaire très objectif et pas pousse-à-l'achat-à-tout-prix du vendeur de ce coffret Myto (c'est moi qui ai empâté et souligné), le ci-devant ABEILLE Musique :

   <<Le Couple ! Même en fin de carrière pour les deux interprètes, le substantif avec majuscule peut encore convenir pour Birgit Nilsson et Jon Vickers en Tristan et Isolde, d'autant que le témoignage viennois de ce 5 décembre 1976 peut apparaître comme un testament discographique dans ces rôles pour les deux artistes. L'écoute en est encore plus passionnante, les années, si elles sont toujours cruelles pour les voix, leur ayant permis d'approfondir s'il était possible leur quête d'absolu musical. L'intimité vocale que l'on sent entre les deux interprètes sert merveilleusement leur cheminement vers la transcendance finale. Bien au-delà d'une complicité, il s'agit d'une osmose. Peu importe alors que les timbres aient été altérés et que les souvenirs de l'auditeur se rattachent à des soirées plus éclatantes. La sénescence vocale n'a jamais été un défaut si le désir de chanter, mieux le plaisir de chanter, demeurent intenses. Nilsson reste la plus solide des deux. Le bronze s'est à peine terni, la puissance est encore impressionnante. Les duretés de l'aigu ne l'empêchent pas de laisser transparaître une sensibilité envoûtante que l'amour-mort magnifiera dans un Liebestod rédempteur.
Plus vulnérable Tristan, Vickers témoigne cependant encore d'une vaillance où les fêlures de la voix s'identifient aux fêlures du cœur. La chaleur de l'engagement, immanente au ténor dans toute sa carrière, le conduit à un troisième acte où il se consume notes et âme. Sotin incarne le roi Marke avec une noblesse toute pétrie d'humanité, sans outrecuidance.
Si Dermota est un jeune marin encore étonnant, Ruth Hesse en Brangäne ne se démarque pas vraiment. Tout comme la direction de Horst Stein. Des chefs plus inspirés, plus habités, ont laissé des empreintes plus enivrantes pour qu'elle parvienne à se détacher. Un lyrisme appuyé, bien soutenu en cela par l'Orchestre du Staatsoper, n'est malheureusement pas suffisant pour porter haut les ravissements extatiques de la partition.
>>


Parsifal

Dans l’Avant-Scène Opéra Parsifal n° 213 Pierre Flinois écrit sur la discographie du Parsifal 1964 de Knappertsbusch « Et puis il y a Jon Vickers, incroyable de ton (et d’accent hélas inénarrable), mais aussi d’une présence investie, d’un hors mesure qui fait son personnage majeur. Et vocalement – si l’on aime le timbre, trop mûr pour un « innocent » – splendide. Témoignage unique, et important. »
 
 
 

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