
Ils n'ont chanté ensemble que Medea
(la
Diva a regretté de ne jamais avoir eu l'occasion de chanter
Norma avec Jon Vickers en Pollione, le Divo aussi et moi
encore plus sans doute !). Ci-dessous, quelques lignes tirées
de l'interview de Jon Vickers avec
le critique Éric Dahan de Libération .
Éric Dahan Et Médée avec Callas
?
Jon "Vivi" Vickers – " C’était à
Dallas, elle n’arrêtait pas de me casser en répétition.
Puis elle se plaignait qu’elle avait froid et partait avant
la fin. Le soir de la première, elle m’a embrassé
sur scène et m’a dit « Enfin un ténor
qui sait jouer ». La dernière fois qu’on a chanté
ensemble, c’était au théâtre antique
d’Épidaurus, devant 25 000 personnes. Je l’ai
félicitée et elle m’a dit : « Tu
te fous de moi, je suis une grosse femme avec une voix horrible
»".
Dans l'Avant-Scène Opéra consacré à
Otello (N°3) il avait déjà exprimé son
admiration pour le génie de Callas :
"Maria Callas et Wieland Wagner ont révolutionné
le monde de l'opéra par leur génie. Chaque note des Puritains
ou de Medea signifie quelque chose. Quand Callas chantait
"Minacci tu, minaccio anch 'io", tout le monde avait le
frisson. "
Dans Opéra international n°
261 d'octobre 2001 (interview de Monique Barichella), Jon Vickers s'étend
sur ses relations privilégiées avec la Diva :
"...je
suis évidemment conscient de l'immense privilège qui a
été le mien de pouvoir chanter [...] avec les meilleurs
chanteurs de ce temps, Maria Callas en particulier, qui, avant d'accepter
Medea, me demandait d'abord si j'étais libre... sinon
elle refusait".
MB -
Parlez-nous un peu de Maria...
Jon
"Vivi" Vickers - Nous avions un merveilleux rapport personnel, sans
doute parce que nous avions une approche commune de l'opéra : rester
humble vis-à-vis de la partition. .... Chanter avec elle était un
incroyable bonheur, elle était absolument magique en scène. La
soi-disant "diva capricieuse" m'est totalement inconnue, et je crois
qu'il n'il y a rien de vrai dans ces histoires. C'est elle-même une
authentique héroïne d'opéra tragique, avec une vie triste et dramatique.
Avec les hommes elle n'avait aucun discernement : Meneghini était un
abruti et Onassis a été horrible avec elle, il l'a détruite.
Je l'aimais énormément.
Malheureusement , quand j'ai finalement abordé le rôle de Pollione,
longtemps après, elle ne chantait plus. Lors de nos Medea,
elle était déjà en fin de carrière et elle
avait développé un large vibrato.
Ainsi, à la Scala, au cours de la saison 1961-1962, pendant notre
duo, sa voix s'est mise à bouger sur le mot "passioni" et
le public a réagi en imitant à haute voix son tremblement "paa-ssii-oni".
Je suis resté pétrifié. À ce moment-là, elle devait me dire "Ho
dato tutto a te ! Crudel ! Crudel ! Io non voglio che te solo"
[à
toi j'ai tout donné ! Cruel ! Cruel ! Je ne veux que toi seul !]...
et elle s'est retournée vers le public pour lui jeter cette phrase en
pleine figure ! C'est tout le génie de Callas. Il y a eu un silence
de mort, tout le monde avait compris, puis soudain ils se sont mis à
hurler : "Brava Maria, brava Maria !" Je ne sais
plus qui m'a dit un jour que le public était une foule ingrate".