operavivi le vérisme, ses sources
commis le 28//08/03

   

   Le vérisme est d'abord une école ou un courant littéraire italien, qui répond à l'influence du naturalisme français (Zola) mais aussi d'auteurs comme Balzac (de la Comédie humaine) et Flaubert (celui de Madame Bovary, de l'Éducation sentimentale et de Bouvard et Pécuchet, pas celui de Salammbô ou de la Tentation de Saint Antoine).

  Ce courant s'attache à la représentation de la réalité triviale (alcoolisme, prostitution pour Zola), de couches sociales défavorisées (Zola), le vérisme italien diffère du naturalisme en ce qu'il prend souvent ses (anti)héros dans les classes rurales plutôt que chez les ouvriers ou petits employés et dans la forte identité régionale que lui donnent ses différents auteurs, siciliens, lombards, romains, etc.

    Le plus connu, le précurseur Giovanni Verga (1840-1922), sicilien, "chante la revendication sociale du monde agraire du sud, la pauvreté engendrant le conflit charnel et la vendetta d'honneur", sa nouvelle Cavalleria rusticana (1880) est d'abord transposée en pièce de théâtre puis en opéras (quatre, dont seul celui de Mascagni en 1890 connut le succès).

    La transposition à l’opéra s’est faite naturellement, les jeunes compositeurs italiens cherchant à se démarquer de l’ombre pesante du géant Verdi et aussi à s’affranchir des influences wagnériennes considérées comme étrangères au génie italien (où ce qui parlait allemand n’était pas fortement considéré, juste après une bien trop longue occupation autrichienne). Le désir de conquérir un public plus vaste en l’intéressant à des histoires proches de lui et dans un style abordable sans forte culture musicale classique a joué.

    L’opéra vériste a délaissé le côté progressiste, « lutte des classes » du vérisme littéraire. Il a également rétabli le récit préliminaire supprimé par des écrivains qui voulaient entrer directement dans le vif du sujet (ainsi le Voi lo sapete, o Mamma de Mascagni dans Cavalleria / à opposer au Verdi d’Otello et de Falstaff, le plus moderne n’est pas toujours celui que l’on croit !).

Les véristes "pur beurre", les oeuvres

    Répondent parfaitement à ce canevas de drame réaliste se dénouant le plus souvent à coup de couteau (vendetta, coltellata), les opéras suivants, entre autres,

Cavalleria rusticana (4 fois)

L’Amico Fritz (Mascagni 1891)  (sa mention ici m'a valu une remarque mi agacée, mi amusée de Roland Mancini "Assez amusé par votre article sur le vérisme, où L'Amico Fritz fait partie des opéras ayant recours au poison ou à la coltellata". On y risque effectivement plus la cirrhose que la mort violente).

Pagliacci (Leoncavallo 1892)

Fedora (Giordano 1892)

Mala vita (Giordano 1892)

A Santa Lucia (Tasca 1892)

Festa a Marina (Coronaro, 1893)

Maruzza (Florida 1894)

La Martire (Samara 1894)

A Basso Porto (Spinelli 1894)

Silvano (Mascagni 1895)

Nozze istriane (Smareglia 1895)

Dopo l'Ave Maria (Donizetti -Alfredo, pas Gaetano-1896)

A San Francesco (Sebastiani 1896)

Iris (Mascagni 1898, une japonaiserie avant M’dame Papillon)

Zaza (Leoncavallo 1900)

Risurrezione (Alfano 1904)

Lodoletta (Mascagni 1917)

    Moins marqués véristes, on peut citer Siberia de Giordano (1903), Zingari (1912, à rapprocher de Pagliacci du même Leoncavallo ?), I Gioielli della Madonna de Wolf-Ferrari en 1911 et Il Tabarro de Puccini en 1918.

    On a aussi parlé d'opéras véristes en perruque blanche, ou d’opéras de la Révolution selon le cas, pour Adriana Lecouvreur (Cilea 1902) et Andrea Chenier (Giordano 1896), Il piccolo Marat de Mascagni, on peut y assimiler Tosca ? Manon Lescaut…

     Roland MANCINI écrit dans  son Guide de l'Opéra, ouvrage aussi recommandé que recommandable :

     « Dans une acception courante, le terme de vérisme recouvre souvent tous les opéras de la Jeune école italienne écrits entre 1890 et 1910 , quels qu'en soient le caractère, l'époque ou le lieu, où, selon l'expression de Celletti, "sous l'influence de Carmen et des éléments réalistes apportés par cette oeuvre, le conflit entre l'Homme et le Femme s'est substitué au conflit romantique entre le Bien et le Mal". » 

 

Les pré- post- anti-véristes

    Traviata, Carmen, Dejanice (de Catalani) sont des pré. Carmen, comme le montre la citation supra de R. Mancini, a fortement influencé les véristes italiens.

    Les post sont des opéras de Janacek, de Kurt Weill, de Chostakovitch (Lady Macbeth de Mensk), de Britten (Peter Grimes), également bien sûr Wozzeck (1921), La vida Breve.

    Remarquons que les « véristes » français sont appelés souvent naturalistes, Massenet avec sa Navarraise 1894, Sapho 1905), Charpentier (Louise 1900, le plus connu des opéras naturalistes), Erlanger (le Juif errant), Leroux (le Chemineau 1907), Canteloube (Le Mas 1909). Zola a d’ailleurs écrit des livret d’opéra pour Bruneau (l’Ouragan, l’Enfant roi). D’aucuns regrettent le tort fait aux naturalistes par les véristes.

    Il existe aussi des antivéristes italiens de la même époque, comme Catalani (la voilà, sa Walli).

Puccini et le vérisme

    Puccini est pour certain un vériste pur beurre avec Edgar, Manon Lescaut, voire avec des œuvres postérieures comme Butterfly, la Bohème, pour d’autres il s’est vite détaché de cette influence.

    Pour Marie Christine VILA :

« Le vérisme de Puccini s’exprime dans l’importance essentielle qu’il accorde, dans ses opéras, à l’atmosphère. Loin de constituer un simple décor, elle en définit l’univers dramatique ».

    D’ailleurs, Puccini n’écrit-il pas : « La difficulté consiste à commencer un opéra, c’est à dire à trouver son atmosphère. »

    Il se documente sur les endroits où se déroulent l’action de ses opéras, se déplace à Rome pour Tosca, écoute de la musique japonaise pour M’dame Schmetterling.

    Beaucoup le placent hors du vérisme pour sa qualité musicale, son talent mélodique, plus que pour ses histoires, assez stéréotypées (elle aime, il l’aime au premier acte, elle meurt au troisième : Tosca, Liu , M’dame Farfalone, des fois lui aussi -Tosca- mais souvent non) avec coup de théâtre au 2ème…

Particularités de l’opéra vériste

    Plus souvent tirés d’un roman que d’une pièce de théâtre (ou alors la pièce, cf. Cavall. Rus. est elle même tirée d’un roman/d’une nouvelle), ces opéras sont courts (1 ou 2 actes) et souvent construits en épisodes, le drame cède souvent la place au mélodrame (cf. la Bohème et Madame Butterfly).

    La musique vériste fait appel aux rengaines populaires, aux chœurs villageois, au chant syllabique bien articulé et compréhensible –comme dans Pelléas ! Elle délaisse les ornements du bel canto, les récitatifs accompagnés. Elle est destinée à un public plus simple, moins éduqué musicalement que les fans de Verdi ou Wagner.

   « Le recours à un chant plus syllabique, sans notes aiguës, généralement ramassé sur le haut medium, exempt de fioritures, vocalises, messa di voce (…) a permis une certaine facilité dans son exécution, et a surtout orienté les chanteurs vers un objectif essentiel, la puissance dans le registre médian de la voix, avec un recours à l’aplatissement des voyelles ouvertes afin de souligner le côté « vulgaire » des personnages, et à l’abandon des coloris et de la virtuosité, exigés tant par le bel canto que par le chant romantique »

   « Parfois nommée par dérision « école du rugissement », cette manière de chanter s’est développée, sans lien avec le vérisme et longtemps après le déclin du répertoire vériste etc. »

 

Vickers Canio (Pagliacci)


Vickers Canio (Pagliacci)

PS : toutes les citations en ocre sont de Roland Mancini , empruntées (merci) à son Guide de l'Opéra ou à L'Avant-Scène Opéra n°50 Cavalliera Rusticana Paillasse.
Tout amateur désireux de savoir vraiment ce qu'est le vérisme doit y lire son article "Le vérisme existe-t-il ?" pages 4 à 13, où sa dent dure mais juste règle son compte à beaucoup d'idées reçues sur le sujet (je pense notamment à son jugement sur le "malcanto").

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