operavivi   pas Parsifal

commis le 15/11/03




Les opéras de Wagner, pas communs, points communs

          Pas communs, les opéras du Richard ? Oh que non !

         Dans la forme d'abord, pas de ces ballets chers au 19ème siècle. Tannhäuser en a bien un, mais il a été rajouté pour la création à Paris en 1861, la version de Dresde n'en comportait pas. Et encore il est au premier acte, juste après l'ouverture et non comme traditionnellement au deuxième acte, ce qui expliquerait en partie la cabale des imbéciles du Jockey-club, obligés d'arriver au début du spectacle sous peine de louper les battements de gambettes de leurs protégées...

            Pas plus de récitatifs, voire d'airs.

         Un orchestre constamment présent (et pourtant à Bayreuth, il l'a caché !) qui est un personnage à part entière tout en étant tour à tour par le jeu des leitmotive chacun des personnages.

          Ces leitmotive évoquent même les objets (l'épée Notung), les sentiments des héros (peur, amour, force, volupté), les forces bénéfiques (enchantement du Vendredi Saint) ou maléfiques (mort, crépuscule), la nature, tout a son leitmotiv ! « Le Leitmotiv est plus riche de significations et d’implications que le simple signal, le primaire blason, auxquels on a tendance à le réduire – dans l’admiration comme dans le dénigrement ». Boulez dans Chemin vers Parsifal.
         Claudel a écrit d’eux « De même le Leitmotiv qui fait que cet acteur sur scène n’est plus que le fantôme disjoint de cet aveugle personnage là-bas éternel et ineffable (nous savons à la fois comme dans les rêves qu’il existe et n’existe pas), cette blessure que nous fait une fois connue. De même ces thèmes de tous côtés sans fin qui se répètent et se répondent comme les fanfares entrecroisées de notre recherche forestière ».
       Et Proust n'est pas en reste :
         « Je me rendais compte de tout ce qu’a de réel l’œuvre de Wagner, en revoyant ces thèmes insistants et fugaces qui visitent un acte, ne s’éloignent que pour revenir, et parfois lointains, assoupis, presque détachés, sont, à d’autres moments, tout en restant vagues, si pressants et si proches, si internes, si organiques, si viscéraux, qu’on dirait la reprise moins d’un motif que d’une névralgie. »« Là où un petit musicien prétendrait qu’il peint un écuyer, un chevalier, alors qu’il leur ferait chanter la même musique, au contraire, sous chaque dénomination, Wagner met une réalité différente, et chaque fois que paraît son écuyer, c’est une figure particulière, à la fois compliquée et simpliste, qui, avec un entre-choc de lignes joyeux et féodal, s’inscrit dans l’immensité sonore. D’où la plénitude d’une musique que remplissent en effet tant de musiques dont chacune est un être. Un être ou l’impression que donne un aspect momentané de la nature. »

           Wagner écrit sans librettiste, comme Berlioz avant lui (pour les Troyens car Totor a fait composer le livret de Benvenuto Cellini et s'est fait aider pour la Damnation de Faust). Il écrit en vers courts, très riches en allitérations, en assonance et homophonie (j'ai pas écrit homophobie) le Stabreim  (Reim = vers, rime, pied, cf. ici), imitation de la poétique allemande du Moyen-Âge, dont un exemple célèbre est le chant d'amour de Siegmund pour sa soeur-amante Sieglinde dans la Walkyrie (Acte 1, Scène 3) :

Keiner ging,
doch einer kam
:siehe, der Lenz
lacht in den Saal !
Winterstürme wichen
dem Wonnemond,
in mildem Lichte
leuchtet der Lenz;
auf lauen Lüften
lind und lieblich,
Wunder webend
er sich wiegt :
durch Wald und Auen
weht sein Atem,
weit geöffnet
lacht sein Aug'

Nul n'est sorti, mais quelqu'un est entré,  vois, le printemps
rit dans la pièce !
Les tempêtes d'hiver ont fait place au mois de mai, dans une douce lumière le printemps rayonne, il se lance sur les vents, léger et charmant, faisant merveille son souffle parcourt forêt et prés, son oeil grand ouvert rit

mais que l'on peut trouver dès le début du Ring, dans les premiers mots de la première scène du premier acte !

Weia, Waga !
Woge, du Welle !  [vogue, toi, vague !]
Walle zur Wiege ! [berce et ondoie !]
Wagalaweia !
Wallala weiala weia !

où l'on entend aussi les interjections  qui d'Alberich (Hehe ! Hoho) à Siegfried (acte 1 scène 1 Hoïho ! Hoïho !, Hau ein ! Hau ein ! Friss him ! Friss ihn ! den Fratzenschmied !) en passant par les Walkyries et leurs célèbre hojotoho ! Heiaha ! Heiahaha !  constellent l'oeuvre d'autant de débordements de vitalité.

          Une autre particularité formelle et de fond des opéras de Wagner est leur division en 3 actes.

          Le premier sert à la mise en place des personnages (toute règle ayant une exception, Brünnhilde n'apparaît qu'au deuxième acte de l'opéra qui porte pourtant son nom, die Walküre) et à l'exposition du problème, des amours à nouer, une belle à conquérir, un Graal à remporter, un traître à punir...

         Le deuxième sert à l'action (qui peut être uniquement morale et/ou sentimentale) et le troisième conclut, soit en tirant la suite logique des événement du deuxième (genre mon mec est mort, je me trucide sur son bûcher) ou en exposant les derniers rebondissements, tout aussi logiques (genre je gagne le concours, je marie la belle, et vive l'art allemand). Des rebondissements, il y en a d'ailleurs peu, pas de deus ex machina chez Richard, malgré les dieux du Walhalla, pas d'envoyé de l'enfer, de statue du Commandeur à la Molière/da Ponte, ou de reconnaissance d'enfant perdu ou de frère volé par une bohémienne comme le Verdi première manière. Pas de vaudeville non plus, les adultères sont punis de mort, il n'y a aucun placard pour les sauver.

          Les drames sont psychologiques, nonobstant quelques dragons, dieux ou déesses. Les philtres d'amour ou d'oubli en sont-ils ou ne reflètent-ils que des sentiments exacerbés ? Tout un opéra sur un concours de chant, avant Wagner et ses Meistersinger, qui avait osé sinon le même avec Tannhäuser (mais là il avait encore eu besoin d'une déesse dans sa grotte). Tout est simple, prédestiné, ne peut se passer autrement.

     Enfin Wagner cherche dans ses opéras à produire le Gesammtkunstwerk, l'oeuvre d'art totale qui allierait poésie, musique, théâtre, peinture...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Comment imaginer que Tristan et Isolde ne puissent sortir de leur traversée nautique autrement qu'amoureux jusqu'à la mort, philtre ou pas ?

          On sait bien que Lohengrin ne gardera pas son secret et que le mariage ne sera pas consommé.

Qui pense que les amours incestueuses des 2 Wälse puissent se conclure sur un happy end ? que Senta pourra épouser un fantôme ? que la ruée vers l'or qui a commencé dans la tromperie puis dans le sang des frères géants bâtisseurs et a continué avec le meurtre du parâtre adoptif se finira autrement que dans la douleur et les flammes ? que Kundry va marier Parsifal ou Parsifal marier Amfortas et qu'ils vivront longtemps entourés de leurs nombreux enfants ?

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   Siegmund Vickers

      Les reproches parfois faits à Wagner de raconter des histoires compliquées sont absurdes ou relèvent de la mauvaise foi. Qui a lu une bonne traduction du Ring ou de tout autre opéra ne peut qu'admirer le génie créatif et poétique (je sais, ça pléonasme étymologiquement) du génie bayreuthin. Tout y est dicté par l'amour, la spiritualité et la musique.
Der Ring des Nibelungen

     En fait le Ring (l'anneau du Nibelung) comprend 4 opéras (d'où la Tétralogie) tous en 3 actes et pleins de Stabreim et de Leitmotive. Ce sont :
      Das Rheingold (l'Or du Rhin) où Alberich qu'est rien qu'un sale gnome avide vole leur or aux filles du Rhin, que ça va causer tout plein d'emmerdes cosmiques, et qu'il s'en fait un anneau qui donne tout plein de pouvoirs, qu'à côté une American Express Platinum, c'est de la crotte, mais qu'il se le fait chouraver par Wotan, le boss des dieux, qui lui même est obligé de le donner en salaire aux géants (en fait qu'un, Fafner, pask'il tue son frère, pour tout garder pour lui tout seul) qui lui ont construit son modeste pied-à-ciel qu'il a appelé Walhalla paske "Sam Suffy," c'était déjà pris et ça faisait trop vulgos et que "Les Cénobites tranquilles", ça faisait trop intello...
     Die Walküre (la Walkyrie) (tu sais, quand elles font du dada et qu'il ya des hélicos qui vrombissent, c'est la musique d'Apocalypse Now, et c'est bien plus que ça, un des plus beaux premiers actes de l'opéra de tous les temps) où le frère Siegmund épouse la soeur Sieglinde et se fait trucider bien qu'il reçoive l'aide de leur demi-soeur, Brunhilde, fille de Wotan, dont au sujet de laquelle on cause dans le titre (p'tain, comme qu'il cause bien, je), même que pour ça elle désobéit à fon fater et se fait punir en étant enfermée dans un cercle de flammes que le premier qui le traversera en disposera comme qu'il veut, de la gazelle à cornes (sur le casque)...
     Siegfried (Siegfried) où le fils des précédents zigues, euh Sieg..., élevé par un gnome frère d'Alberich se forge son épée avec les débris de celle de papa et se tue un dragon, qu'est Fafner, zigouille son papa adoptif et se fait une Walkyrie, la blonde Brunhilde, qu'est de fait sa tantine,
     Götterdämmerung (le crépuscule des dieux) où le Siegfried précédent se fait trucider par le fils d'Alberich, Hagen, grâce à sa Walkyrie, jalouse qu'il en ait marié une autre, Gutrune, et qu'il l'ait refilée, elle, juste après l'avoir déniaisée à un pas beau Gunther, frère de Hagen, donc du coup elle a livré son talon d'Achille qu'il a dans le dos, et effectivement, il l'a dans le dos, le pieu d'Hagen. Faut dire que le pauvre Siegfriedounet a perdu la mémoire à cause d'un philtre que lui a fait boire Hagen (le pendant maléfique du philtre partagé entre Tristan et Isolde ?). La Walkyrie après avoir rendu leur or aux filles du Rhin, se fait cramer avec son mec et son cheval dans un super méchoui avec de telles flammes qu'elle fout le feu au Walhalla et à ses occupants, d'où le titre.

       Une bien belle histoire, à peine embrouillée, qui fait passer Dallas pour ce qu'il est, une crétinerie de savonnette opéra bien (mal) avinée (enouiskisée serait plus juste).

      Alors, tout ça mis au bout l'un de l'autre fait bien plus de 14 heures, bien que le premier et le dernier soit assez court, mais on n'assiste jamais, même à Bayreuth, au spectacle non stop, et ce à cause des chanteurs qui ont déjà du mal à chanter 2 soirs de suite des rôles éprouvants et qui vont pas enchaîner une bonne grosse dizaine d'heures d'opéra... ah, ces Heldentenor, c'est rien que feignants et compagnie...

          

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