operavivi   Otello, chef-d’œuvre des chefs-d’œuvre verdiens ? 
commis le 15.11.2003  

    

Quel Otello ? Mais, celui de Verdi, œuf de l’Île de Beauté, car Rossini en commit un itou (Othello avec H, que je connais pas, mais Rossini, c’est plus que miam, alors chic, encore un truc à découvrir).

von Karajan et Vickers mon Vivi, post spectaclum (quand omne hominum tristum)

HISTORIQUE

   À l'initiative de Giulio Riccordi, Arrigo Boito (1842-1918) s'est "associé" avec Verdi qui rêve depuis longtemps d’adapter une pièce du félin agonisant (son choix s’est longtemps porté sur le Roi Lear). Ce sera Otello (écrit par Chat qu'expire vers 1605). Verdi a 66 ans au début de l’aventure, Boito (qui au début de sa carrière a été fort critique envers Verdi) et Verdi ont été mis en relation par Riccordi, leur éditeur commun. Ils se font la main en reprenant des œuvres antérieures, comme Simon Boccanegra, et en les «modernisant ».

     Otello, suggéré en 1879,  a été travaillé à partir de 1880 et  composé à partir de 1884. Boito a eu la bonne idée de supprimer le premier acte, l'acte vénitien, pour concentrer l'action, lui donnant ainsi une unité de lieu, l'île de Chypre dont Otello est le gouverneur pour le compte de Venise. Les épisodes précédents (rencontre d'Otello et de Desdemona, leur amour consacré par le mariage malgré l'opposition du papa de la donzella) sont suggérés / révélés par les propos qu'échangent les protagonistes.

       L'oeuvre est créée le 5 février 1887(soit 16 ans après Aida) à la Scala de Milan. Verdi a alors 73 ans. C'est un triomphe extraordinaire, Tamagno (Otello) et Maurel (Jago) sont portés aux nues et en triomphe (...).

OTELLO l’histoire

      Pour Bernard Shaw (Encore un mot sur Verdi, Écrits sur la musique), Shakespeare a écrit un opéra italien ! " la vérité, c'est que cette oeuvre n'est pas un opéra italien écrit dans le style de Shakespear [graphie de Shaw pour le Barde], mais qu'Othello est une pièce que Shakespear a écrite dans le style de l'opéra italien."

    On a parlé de Shakespeare vériste (Henry Barraud dans Avant-Scène Opéra n° 3) et de drame bourgeois (où dans le triangle classique, l'amant est remplacé par le traître et l'amant virtuel né de son imagination). D’abord l’histoire est simple, simplissime. On peut se la raconter de différentes façons :

sociologique (Le Monde) Couple mal assorti, mari plus vieux, mariage inter-racial, tous les éléments étaient en place, qui devaient mener au drame Monsieur et Madame Otello.

raciste (Minute) Mariages mixtes : la terrible sanction ! Sur la foi de racontars invraisemblables, un nègre immigré assassine sa femme blanche.

popu-dramatique (Détective) Drame de la jalousie ! Abusé par un ami jaloux, le brillant militaire noir se croit cocu et étrangle sa blonde épouse avant de se faire justice.

     Ce qui précède n'est (peut-être) pas aussi stupide qu'il le paraît quand on sait que pour Shaw ses opéras étaient "des faits divers mélodramatisés". Grâce à son "génie, comme celui de Victor Hugo, démesuré et grandiose ... il exprimait toutes les passions ordinaires avec une impétuosité, une intensité qui produisait un effet sublime."

En version brève pour les pressés :

  Otello ténor et chef africain (maure) au service de Venise à Chypre au 15ème siècle fout la pâtée aux arabes, promeut Cassio ténor, le dégrade suite aux manigances de Iago, baryton et jaloux, roucoule avec Desdemona, sa soprano de sposa.

   Ensuite, ça se gâte sévère. Iago fait rien qu’à intriguer et monte un plan jalousie avec l’aide involontaire de sa femme mezzo-soprano, Emilia, suivante de Desdemona, et d’un tire-jus, il embrouille à ce point Otello que celui-ci est sûr que sa blonde fricote grave avec Cassio, ténor, il fait un scandale public avant de s’évanouir en fin d’acte. Il rejoint Desdemona, qui prévoyante a déjà fait sa prière, lui enjoint d’avouer son infidélité, ce qu’elle ne peut faire la pauvrette, à moins de mentir. Il la zigouille (je l’aimais, je l’ai tuée, grand classique du macho méditerranéen –pléonasme ?) et détrompé se suicide.

Version normale pour les normaux :

   Pas d’ouverture, de prologue, de prélude, ça démarre sec (normal, sans préliminaire) et fort, et beau . Fait pas beau pourtant, mais y a quand même pas mal de populo pour attendre dans l’angoisse sur ce quai de Chypre le retour du grand Otello, africain au service de Venise, qui est allé se colleter avec les Turcs pour défendre l’île que le doge lui a confiée.

    On voit un navire, c’est lui, il débarque et triomphe : il a maté les turcs ! (Esultate, l'orgueil musulman l'a dans le baba) Ce premier air, écoutez le par Vivi puis par Domingo, vous verrez qui a des raisons d’être fier ! Il a été repris par le premier titulaire du rôle en bis triomphal au balcon de la pièce où était Verdi. Son aide de camp, un nommé Iago peste ! On –Otello- lui a préféré Cassio pour une promotion. Vickers qui n’est pas macho mais qui pourrait bien avoir un problème avec l’homosexualité (cf. ses propos sur Peter Grimes, où il nie toute dimension homosexuelle au personnage) pourfend violemment la thèse qui veut qu’il existe une attirance homosexuelle de Iago pour Otello (Domingo est plus réservé sur le sujet), cette lecture est pourtant possible ce qui expliquerait que Iago s’acharne sur cette pauvre Desdemona.

     Iago fait boire ce nigaud de Cassio puis le pousse à chercher querelle à son capitaine Montano, qu'il blesse. Otello intervient pour dissiper le tumulte et dégrade Cassio. Iago fait intervenir Desdemona pour plaider la cause de Cassio. Il a dérobé à sa femme un mouchoir brodé appartenant à Desdemona et s’en sert pour provoquer Cassio.

      Desdemona chante la chanson du saule avant de saluer la Vierge (Ave Maria) telle une chanteuse de Gounod (enfin, pas tout à fait, comparez, c’est pas tout à fait pareil…) et puis son butor lui rentre dans le lard…

     Enfin pour être vraiment sérieux, on peut aller voir ailleurs,

sur ce site de la Médiathèque de de la Communauté française de Belgique

où Laurent Jäger propose une analyse bien complète de l'œuvre. Enfin la lecture de l'Avant-Scène Opéra n°3 "Otello" ne peut qu'être chaudement recommandée.

 NB : Vickers est abonné aux rôles d’amoureux pas terribles, machos ou misogynes ou inconstants ou faibles, Don José, Otello, Peter Grimes, Paillasse, Énée, Samson, Pollione, Radamés en sont x exemples différents, avec le contre-exemple, quand même, de Siegmund et Tristan, aussi malheureux en amour mais bien plus nobles.

 

Photothèque Vickers Otello

    où l'on trouve une photothèque de Jon Vickers grimé en Otello avec diverses partenaires

Discographie Otello-Ouaibe

     Choisie sur Operaweb, elle est assez complète et très lisible, mais on peut lui préférer une discographie bien moins léchée mais encore plus complète, celle de l'University at Albany.

La musique

        Pas de récitatifs, pas d’interludes (à peine le très beau chœur du 2ème acte), pas d’ouverture, aucune parole inutile. Bernard Shaw, qui apprécie l'oeuvre, y voit l'influence sur Verdi de Boito ("sa conscience artistique"), voire son intervention dans le Credo de Iago. Pour lui, si la musique d'Otello (et d'Aïda et de Falstaff) est différente (et supérieure à ses yeux) à la "musique rudimentaire" des opéras antérieurs; c'est la conséquece du "fait naturel et inévitable que la spontanéité   et la fécondité de Verdi se sont taries". Admettons, mais alors quel heureux tarissement qui nous donne l'Ave Maria de Desdémone, la chanson à boire de Iago du premier acte et tout le reste...

Composition de l'orchestre
 3 flûtes (piccolo)
2 hautbois (cor anglais)
2 clarinettes (clarinette basse)
4 bassons
4 cors
4 trompettes
4 trombones
Timbales
Percussion
Cordes
Musique de scène
Mandoline
Guitare
Cornemuse (cor anglais)
6 trompettes
3 ou 4 trombones

LE POINT DE VUE DE VICKERS :

     Jon Vickers doit savoir de quoi il parle, il a chanté Otello au Met (Levine 1974 & 1978), à Vienne (Staatsoper), à Covent Garden (Mehta, 1977) à Paris (1977) à Orange (1975) à Munich, à Philadelphie (Guadagno, 1971). Il a dit :

    "J'ajoute que le personnage de Iago est encore plus important [que Desdémone]"
   "… Si la méchanceté de Iago est trop évidente, alors Otello est un imbécile."

       On peut lire aussi dans l'Avant-scène Opéra n°3 (1976, mais disponible en réimpression laser) un article de Vickers intitulé "Le son exact doit traduire une émotion" (pages 114 à 116, propos recueillis par Monique Barichella).

     Vickers y déclare  :

  "Il est impossible de séparer le son de l'émotion. Il ne faut pas analyser ce qu'est chanter. Beaucoup de gens ont des idées préconçues sur ce que signifie "bien chanter ". Il y a aujourd'hui une école de chant très prisée dans le monde entier, où l'interprétation des rôles est basée sur le son pur et non sur la signification des mots. Or, c'est une erreur, parce que les chanteurs se concentrent finalement sur un son. J'en parlais à une jeune chanteuse dont le professeur refusait de lui laisser chanter le moindre air avant qu'elle ne sache émettre .le son exact. Moi, je dis : quel est le son exact ? Le son exact à quelque moment que ce soit et quel que soit le registre de la voix doit traduire une émotion: amour, frustration, haine, désir, solitude, peur, terreur... Voilà la seule chose qui importe et c'est mon idée personnelle du chant. Le contre-Ut que je fais dans Les Troyens n'est pas le même que celui que j'émets en chantant "Quella vil cortigiana" dans Otello. Ce sont deux expressions différentes.
     Maintenant, qu'est-ce qui est le plus important ? La voix ou le drame ? Comme beaucoup je pense que l'art lyrique ne doit pas servir uniquement quelques stupides et capricieuses prime donne. C'est la voix qui doit être au service de l'ouvrage. [...]

      Si un ténor aborde Otello et que l'habileté vocale n'égale pas l'interprétation dramatique, une adaptation doit être faite."

  CRITIQUE et DISCOGRAPHIE SOMMAIRE
à développer

         Mon tiercé de tête Serafin/ Karajan/ Karajan, tous avec Jon Vickers le Vivi (voir sa discographie), OK c'est du parti pris, mais au nom de quoi serais-je obligé d'être objectif sur mon propre site, pouvez-vous me le dire ?          

   Bon, y a pas que Vickers dans la vie (y a aussi Melchior, et Gedda, et Windgassen), donc une discographie plus complète de l’œuvre doit citer Toscanini et Vinay, le baryton devenu ténor redevenu baryton (surtout Toscanini), qui me semble meilleur en Siegmund qu’en Otello…

   Le "Guide de l'Opéra en 250 CD", avec lequel ch'suis pas d'accord sur tout (manquerait plus que ça !) notamment ignorer le Cosi de Davis (que je suis le seul à aimer) est plus qu'un crime, une faute de goût... m'enfin, comme tout le monde la fait, c'est peut-être le mien de goût qu'est chiottesque, mais cet homme en a quand même du goût qui écrit :
" L'Otello de Jon Vickers est ici magistral [...]. La puissance expressive, l'animalité sous-jacente et surtout, face au premier degré de del Monaco [Otello dans la version Decca-Karajan], la pénétration psychologique du rôle sont ahurissantes. Ajoutez une technique exceptionnelle pour une voix sans vraie "beauté" [moi, j'adore, ce timbre métallico-nasal me paraît plus sublime que la fadeur/pâleur du timbre -ouais, je persiste et signe- de Vinay !], un métal qui lui permet d'assurer les parties dramatiques avec une évidence digne de Melchior."

    Le bon du bon, c'est Serafin, Vickers, Ryzanek, Gobbi, 1961, RCA, et non Karajan, Vickers, Freni, Glossop, EMI 1974 (que j'ai pourtant en vinyle, en Cd et en DVD), car entre les 2 mon Jon a pris 13 ans (bon, d'accord, c'est pas grave 50 % d'un génie infini, ça donne toujours un génie infini, la Callas nous l'a abondamment prouvé) et surtout Glossop comparé à Gobbi, mais si je ne respectais autant les artistes, je dirais que c'est de la pâture à Cochet ! - Otello Serafin (1961) avec l'Otello incomparable de l'incomparable Vickers au timbre incomparable (pour ceux que la répétition agace, je propose de remplacer un ou deux incomparable(s) par unique ou sans pareil, ou de trouver un qualificatif plus expressif. Cela dit y a pas que des avantages ! ainsi ce salaud de Vivi m'a gâché tous les Don José entendus après lui -le dernier, Gösta Winbergh le 29.2.00 à Bastille était bon, très bon même, mais sans ce timbre à la limite du nasillement ou du métallique que je trouve, cf. supra, vous voyez que je sais être concis -on n'inverse pas, plize !- quand je veux), en plus c'est le Tito Gobbi qui fait le Iago, moi des traîtres comme ça, j'en redemande et comme Desdémone est la petite Leonie Ryzanek, on n'est pas déçu (en disque j'ai aussi le placide Domingo, y a pas match mais faut dire que Vickers est -ah, j'en ai déjà glissé 2 mots, skiouze mi) donc pour les veinards qui connaissent pas Vivi et qui vont le découvrir c'est RCA GD81969(2).

     Faites vous votre opinion. Chacun sa méthode. On écoute un extrait ou l’intégralité, avec l’attention la plus extrême ou en peignant la girafe. Je myself, personnellement moi-même, pour une œuvre déjà BL-connue, je prends assez vite un bouquin, si le bouquin me tombe des mains (ou si j’en ai pas pris), c’est qu’il se passe quelque chose et là je me sens concerné et me concentre (au milieu de moi-même ? pourquoi cette question ? ah, si c’est pour pernicier, OK, ça va, mais me déconcentrez pas trop, merci) jusqu’à être convaincu (ou non). Empruntez à une médiathèque (pour les chanceux). Dénichez des occases (des vinyles si les autres chacaux musicals vinylidolâtres ont pas tout pris). Achetez des extraits, la soluce est astucieuse, même si moins bonne, écouter sur Fnac.com...

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