operavivi   l'opéra, ça se vit en direct, pas dans un fauteuil de salon !
commis le 15/11/03

 

 

 

 

 

    J'adhèrerais (quel collant, ce type) pourtant au discours général sur la baisse de niveau des chanteurs actuels, surtout les wagnériens (Ben Heppner est très bien, mais qui d'autre à la place de Jon ?). Une bonne raison de se plonger dans ses vieux disques tout mono où l'on retrouve Jon Vickers, Windgassen et autres Melchior. Mais...

     Il manquera toujours au disque la dimension théâtrale qui est si importante à l'opéra, qui est un spectacle (un office sacré) total. Alors, me diras-tu, le film ou le DVD apportent tout ce qui manque au disque.

    Ben non. Y aura pas le côté contingent du spectacle en direct, la possibilité du couac ou de l'évanouissement de la diva, la bronca ou la chute du grand lustre. La part de risque, quoi et le caractère unique, événementiel. Y a ceux qui étaient là quand Natalie Dessay a chanté son air de la Reine de la Nuit au Gala 2001 de l'AROP en éclairage et décor fixes pour cause de grève (infiniment plus probable que la chute du grand lustre, c'est regrettable !). Un concert ou un opéra a quelque chose d'incomparable, bien plus fort que la projection d'un film ou DVD, c'est comme une corrida (et oui, je suis véto et j'aime les bêêêtes, et alors ?), il y a la magie de l'instant unique et le danger, relatif ou non, ça dépend du point de vue, le contre-ut qui sortira ou pas, l'attaque qui sera belle ou non, le chef inspiré ou ballonné post-prandial... Quant à la communion avec le public, moi qui fréquente surtout l'Opéra de Paris (Bastille ou Garnier), je m'en passerais souvent assez bien : applaudissements proportionnels à la notoriété, conduites goujatesques, méconnaissance des oeuvres, comportements m'as-tu-vu du genre cuistres qui houspillent ou fusillent du regard le pôv' pékin qui applaudit à Parsifal avant la fin, c'est "just routine" à l'orchestre et au balcon, faut monter aux places sans visibilité pour trouver une majorité de vrais amateurs !

     Un bon chef, un bon orchestre, de bons chanteurs, une bonne mise en scène, de beaux costumes (une bonne place, une acoustique correcte, une belle scène , etc...) ? ça ne suffit pas tout à fait, ce n'est ni suffisant, ni même heureusement nécessaire (heureusement donc, car sinon en ces ères post-Liebermanniennes, on s'emmerderait souvent à l'opéra).

    De grandes différences entre l'écoute disque et le spectacle laill'veu.

     L'opéra est un spectacle total, ça doit se voir et en direct ! comme la corrida, où, horreur (comment, toi, un véto !) je me suis risqué quelques fois mais que pour rien au monde je ne regarderais à la télé...

    Et comme à la corrida, avec un côté beaucoup plus prévisible quand même, on est dépendant d'un tas d'impondérables :

   - les conditions d'accès :

   ah, le trafic parisien ! tu pars une à deux heures avant et ou t'arrives trop tôt et donc tu commences fin bourré après un ou deux chablis dégustés aux Grandes Marches ou c'est la panique, tout bouché, voies sur berges inondées et après x exploits représentant à peu près 48 points de permis, t'es réduit à :
"Ariane, ma soeur, de quel amour blessée
Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée !"
    et l'Ariane (en fait, c'est pas une Simca, c'est une Renault) c'est ma tire lâchement abandonnée auprès de la première station de métro venue, et je rassure les âmes sensibles, elle meurt pas vraiment, juste une fois la menace déjouée d'un sabot... Faut dire que quand tu arrives tel un mouton estival (hors d'haleine, elle est bonne, non ?) à Bastille et que c'est à Garnier, tes conditions d'accès joue un tantinet sur tes nerfs et que tu n'écoutes pas de la même manière (surtout debout au fond de la loge du 2ème où on te vous a enfournés)

    - soi-même toujours himself

    par exemple, cette p... de toux ou d'appréhension de la toux qui fait que tu passes un acte entier à te défendre contre ce p... de réflexe - et en plus, dès que tu y penses, la gorge te gratte- ce qui te gâche un peu le moment; ou alors, mon irrésistible somnolence du premier acte -celle-là, une fois que je l'ai vaincue (je sais, ça fait beaucoup pour un seul homme), ça peut rouler mais c'est con, surtout pour les opéras en 2 actes... et ta connaissance de l'oeuvre et ton vécu : si t'as eu Vickers en Otello, tu fronces le nez sur Domingo (OK, tu es difficile), si c'est ta première fois, c'est toujours émouvant (même si c'est meilleur après quand on se connaît mieux), si t'as lu une critique mauvaise tu as un a priori défavorable mais si la critique est dithyrambique, tu risques d'être déçu (t'es vraiment chiant, moi, comme mec !).

 

 

 

 


 

 

 

 


 


 

 

 

 

 

 

  - les chanteurs : évident ? ben oui, des bons chanteurs donnent toujours mieux que des moins bons, non ? pas toujours ! une brochette de moins bons homogènes, c'est moins bien ou mieux qu'un extra et un pas bon ? un bon sans présence scénique ou/et sans charisme ou pas beau (Marguerite ! ô combien de Marguerite qu'on pleure de voir rire de se voir si belle en ce miroir !) ou sans cohérence avec l'oeuvre comme ce jeune fou de Parsifal au petit bedon et aux tempes grisonnantes que nous a donné le grand placide à Bastille c'est mieux qu'un qui chante moins bien mais qui se voit avec plus de plaisir ?

  - et puis leur entente physique, ou ce qu'on en devine, et leur forme du soir, ils te déçoivent car tu les a entendus au disque, en studio, avec reprises, avec un acte en 2 jours ou plus, sans le stress du direct, et sans leurs impondérables à eux, exemple Natalie Dessay qui fut une plutôt médiocre Reine de la nuit pour cause de grève des éclairagistes (tout un jeu de mise en scène annihilé, elle devait paraître seule éclairée sur une scène noire), et puis ceux qui reprennent le rôle au pied levé (enfin, si l'on peut dire) pour cause d'indisposition du titulaire...

  - l'orchestre, et tout ce qu'on peut dire sur un orchestre (des bons solistes ou des pupitres bien liés) et sur le direct et tutti quanti,

  - le chef, habitué ou pas, connaissant l'orchestre ou pas, avec un nombre de répétitions suffisant ou pas, en conflit ou non avec le metteur en scène et/ou un ou des chanteurs, se faisant briller en couvrant les chanteurs (et c'est pas toujours dommage, ça dépend de l'opéra, du chef, de l'orchestre et des chanteurs...) ou sachant s'effacer à bon escient derrière l'opéra quand il le faut, avec ses tempi, ses battues, sa conception de l'oeuvre et de ce qu'il doit en privilégier qui s'adaptent ou non à la distribution et à la mise en scène,

  - le reste du public, pisse-froid qui va paralyser les musiciens ou enthousiaste qui va les dynamiser,

  - ton(ta) voisin(e) immédiat, qui glousse ou commente ou ronfle ou lit son livret avec une lampe torche, brèfle qui te dissipe...

  - les éclairagistes, machinistes (en grève ou pas ?),

  - la mise en scène, bête, illustrative, fidèle, reposante paraphrasante ou dérangeante novatrice, avec un metteur en scène qui se met en avant, transpose, dénature, et t'évite de revoir ta quarantième Carmen différente et semblable avec les mêmes espadrilles/ banderilles/ pacotilles... Sellars-Cosi, je l'ai en vidéo (VHS, pas DVD, hélas), c'est bien ! Lavelli, j'ai vu son Faust le mois dernier, le même que dans les années Liebermann, c'est bien et son Ariodante (critiquée par Piel, non ?) c'est bien aussi. Mais cette mise en scène, bien ou pas bien, pour fonctionner doit avoir l'adhésion du chef et des interprètes (cf. la fameuse colombe de Knappertsbusch) et du public (un public hostile t'influence, en positif ou négatif, il te gêne en tout cas),

  Il y a bien d'autres paramètres contingents ou non que jamais une écoute au disque ne restituera, ta privation de liberté pendant 3-4 heures, pas question de tourner le bouton du potard si ça te plaît pas ou de remettre ton aria préférée en boucle, le fait que tu as retenu ta place un (ou ix-neuf-vingt-quatre) mois à l'avance sans connaître tes dispositions d'esprit du grand soir et qui font d'un spectacle d'opéra un moment unique et privilégié.

  J'arrête, je risquerais d'être un peu long si je ne me contrôlais pas... il reste entre autres :

     l'acoustique, l'accompagnant(e), la place au sens siège (ah, les places étriquées de Bastille) et au sens position dans la salle, et même pour être exhaustif le Château Grenouille qui demande sa liberté ou le cassoulet qui cherche à laisser exhaler un dernier soupir...


Otello au Théâtre du Châtelet


Otello, annonce de la création


 

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