Trilogie autour des Variations Goldberg de J.S. Bach

(variations Glop-Glop. NB : ce n'est pas écrit par moi. Ah, tu t'en étais rendu compte, c'est trop bien?)

Prélude

Tiens, de la musique, le voisin charmant du dessus est rentré.

C'est étonnant ce réalisme, on a l'impression que l'orchestre est chez lui.

Il doit avoir une super chaîne hifi très très chère.

Il faudrait que j'arrive a me faire inviter un de ces jours.

Il avait l'air bizarre au début celui-la, je le voyais rentrer avec des trucs électroniques louches, a tel point que je me demandais si ça n'était pas un terroriste en train de monter une bombe.

Mais bon, avec de beaux yeux bleus comme ça, il ne peut pas être méchant. Puis ça c'est calmé, et maintenant on ne le voit que quand les musiciens sont repartis de chez lui. C'est pas mal ce qu'il écoute en général. Hier c'était top. Il avait mis les Variations Goldberg, j'adore, et ça donnait bien.

Faudrait que je lui demande des infos, ça me permettrait d'engager la conversation.

Quelqu'un qui écoute les Variations Goldberg est forcement intéressant.

Le voisin d'à cote appréciait aussi, même qu'il accompagnait en chantant.

Peut-être un peu fort d'ailleurs, le voisin du dessus a du l'entendre aussi.

Si ça se trouve, il a cru que c'est le pianiste qui chantait, hi hi hi.

Je me suis allongée, et je me suis laissée aller à cette musique quasi divine.

Ces Variations, c'est comme une histoire d'amour ...

Et à propos d'amour, il faudrait vraiment que je parle au voisin du dessus.

 

Laetitia

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Épisode I: au paradis

Hier soir, pour la première fois, la voisine du dessous, Laetitia, est venue.
Ça m'a surpris. Peu après que j' avais terminé d'écouter les Variations Goldberg, elle a frappé délicatement a ma porte.
Elle avait l'air un peu gênée, un sourire à la Meg Ryan, un regard malicieux à se damner, et une voix soyeuse a transporter au paradis.
Elle a tout de suite perçu qu'elle était bienvenue et, d'emblée, elle m'a parlé de Bach,
de sa musique, des Variations Goldberg,
de ce voyage vers l'infini où l'âme ne se sent jamais égarée,
où chaque étape déborde d'une profonde inspiration,
de cette intime liaison entre les variations de l'Aria originelle et la Vibration Cosmique,
de cet équilibre périlleux mais, ô combien parfait, entre la puissance créatrice
et la subtilité émotionnelle de cette résurrection perpétuelle:
fuite éperdue vers l'éternité ? Non, progression permanente vers la divinité.

J'étais perdu, charmé. Je crois bien que j'ai remis les Variations et que je lui ai souri.
Son regard étincelant m'a fixé droit dans les yeux, j'y ai vu un ange.
Nous nous sommes donnés l'un a l'autre, corps et âme, emportés par la musique.
Quand le disque fut terminé, nos corps gisaient enlacés sur le palier, et tous les voisins étaient là,
j'ai crié, ça m'a réveillé.
Patrick

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Épisode II: en enfer

Hier soir, pour la première fois, la voisine du dessus, Germaine, est venue.
Ça m'a surpris. Peu après que j'avais terminé d'écouter les Variations Goldberg, elle a cogné brutalement à ma porte.
Elle avait l'air sévère, un sourire à la Silvester Stallone, un regard tranchant à décapiter un highlander, et une voix gouailleuse à faire frémir Lucifer.
Elle a tout de suite gueulé et, d'emblée, m'a sorti une flopée d'insultes à propos de Bach,
de sa musique, des Variations Goldberg,
de cet immonde tas de notes alignées méthodiquement sans l'ombre d'un soucis esthétique,
de cette catastrophique tentative de varier un thème uniquement apte à évoquer une matière fécale,
de cette prétentieuse et mesquine volonté de vouloir démontrer un savoir-faire sans intérêt,
de ce rabâchage perpétuel : descente éperdue aux enfers ?
Non, aspiration impossible à combler un vide absolu.

j'étais perdu, choqué. Je crois bien que j'ai remis les Variations et que je lui ai souri.
Son regard atomique m'a fixé droit dans les yeux, j'y ai vu le néant.
Nous nous sommes cognés l'un sur l'autre, oubliant la musique.
Quand le disque fut terminé, les restes de la voisine gisaient sur le palier, et tous les voisins étaient là.
Ils ont applaudi, je ne les percevais plus, Laetitia me souriait.
Patrick

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Épisode III: sur terre

Hier soir, pour la première fois, le voisin d'à cote, Marcel, est venu.
Ça m'a surpris. Peu après que j' avais terminé d'écouter les Variations Goldberg, il a sonné.
Il avait l'air sympa, un sourire à la Henri Salvador, un regard chaleureux invitant au pastis, et une voix joyeuse à faire rire le schtroumpf grognon.
Il a tout de suite sorti sa bouteille et, d'emblée, il a déliré à propos de Bach,
de sa musique, des Variations Goldberg,
de cette persistance inouïe de l'Aria, infinie comme une gorgée de pastis Henri Bardouin
de cette exaltation émanant de chaque note, telle une victoire de l'OM en coupe d'Europe,
de ces subtils changements de direction, évoquant une boule roulant sur le terrain caillouteux vers le cochonnet,
de ce recommencement perpétuel: marche éperdue vers l'ennui ? Non, apaisante promenade vers un repos éternel.

J'étais perdu, assoiffé. Je crois bien que j'ai remis les Variations et que je lui ai souri.
Son regard brillant m'a fixé droit dans les yeux, j'y ai vu des éléphants roses.
Nous nous sommes saoulés, l'un avec l'autre, délirant sur la musique.
Quand le disque fut terminé, les cadavres de bouteilles gisaient sur la table, et tous les voisins étaient là.

Ils ont chanté, j'étais heureux, Laetitia jouait du violon.

Patrick

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Épilogue

Hier soir, pour la première fois, j'ai vraiment aimé les Variations Goldberg, au moment même ou Laetitia m'a dit "je t'aime".

PS: Toute ressemblance avec des personnes existantes ...

avec la permission de l'auteur, Patrick Glop-Glop Dantan, merci à lui


Mais c'est pas tout,
voici encore d'autres délires,
et puis c'est fini, promis.
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Amad y allait bien fort sur la galaxie ce soir la, générant une délicieuse bouillie sonore.
Mais J-esse ne se laissait pas marcher sur les notes, et sortait de son trou noir des bruits encore jamais entendus.
Lulu, tranquillement assis aux pulsars, assurait la cacophonie avec une facilité déconcertante.
"Faudrait déclencher quelques supernovae" pensa Mahlou , "ça manque de peps".
"j'm'en occupe" rétorqua WRic, mais prends garde a tes quasars.
Les nébuleuses de Schouschou restaient encore discrètes mais allaient bientôt conforter l'oeuvre dans son sens.
...
"Bon boulot les gars, cette version des Variations Goldberg était époustouflante"
dit Dieu en posant son verre de viandox-menthe
"Pour la prochaine, comme orchestre je vous confie cet atome d'hydrogène, et vous me ferez Le Sacre du Printemps".

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Aaaah, je ne m'y habituerai jamais, quel plaisir intense procure ce jeu !
Englober l'univers, percevoir TOUT ce qui s'y passe, se pense, se prépare.
Cela m'a récemment permis de détecter un cas intriguant.
Sur terre, dans sa petite pièce sombre, il s'intéresse aux Variations Goldberg, les écoute régulièrement, les étudie avec une bonne volonté évidente, mais ne semble guère apprécier.
Qu'on reste insensible après tous ces efforts, cela me rend perplexe. Aurais-je commis une erreur ?
Il faut que je comprenne, je vais hanter ce lieu.
J.S. Bach

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J'attends ...
L'eau n'est plus fraîche et j'ai soif.
Je sens qu'il arrive.
Ce bruit, c'est lui.
Miaou.
Ron Ron Ron, miaou.
Qu'est ce qu'il fait ? Hé ho, tu t'occupes de moi ?
Miaaaaaaaou
Ah ! il a compris, il va au robinet, je l'ai bien dressé.
De l'eau fraîche, slurp, slurp, slurp ...
Ben, où il est ?
Ce grincement, le fauteuil, là-bas dans la pièce sombre.
Chouette il va mettre de la musique.
Je vais écouter avec lui.
C'est la même chose qu'hier, j'aime bien.
Ça me fait penser à des poissons volants qui joueraient avec des petits oiseaux en faisant du rase-motte juste devant moi.
Hier j'ai perçu un visiteur, comme une ombre au dessus de nous, une ombre intimement liée à cette musique.
Il planait comme un doute.
Minette

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Rhaaaa, damned, j'ai merdu, j'ai merdu, j'ai très fortement merdu.
J'ai tout compris en hantant ce petit local sombre et les êtres qui s'y trouvaient (un débile et une chatte).
Anéanti je suis.
Cette oeuvre qui, subtilement, progressivement et indéfectiblement, devait guider l'Homme et le transcender,
cette oeuvre, mes Variations Goldberg, était hélas a un pouillème de la perfection.
Et se pouillème est catastrophique.
Faut dire que l'Homme, ce con, n'a rien fait pour éviter le mal, il est tombé dedans sans rien voir.

Mais pourquoi ? pourquoi n'ai je pas marqué en GROS sur la partition: à ne JAMAIS jouer au piano ?

J.S. Bach

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Kourvit-Karl Vlalbus était en larmes.
Un millier de personnes debout devant lui étaient en larmes.
Vingt trois milliards de personnes sur Terre étaient en larmes.
Les applaudissements, Kourvit-Karl ne les entendait plus, vidé.
Il ne s'est pas levé, plus question d'etre arraché a sa moitié, son piano.
Ce soir, il avait mis toute sa maîtrise, son coeur, sa vie.
Ils l'avaient élu, lui, pour cela.
Dans une minute, il allait mourir.
Jamais les Variations Goldberg n'avaient été jouées, vécues, comme cela.
Jamais.
Plus jamais.
Dans une minute, ils allaient tous mourir.

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TOUT est fini.
Et dire que s'il ne les avait pas jouées au piano, ils auraient trouvé la solution qui les aurait sauvés.
Décompte pour le gnaB giB,
Trois
Deux
Un
Z...

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Vous voyez, j'vous avais promis que c'était fini.

signé GLOP GLOP
"
Patrick
de Nayer d'or
2000" du pseudo le plus con du forum