operavivi des idées reçues à renvoyer à l'expéditeur !
commis le 25/01/04

  Y a plus de chanteurs !

C'est vrai, d'abord Jon Vickers ne chante plus, Lauritz Melchior n'est plus, Callas idem, Pavarotti ibidem (OK, il chante encore, et alors ?). Et si c'était une idée reçue, ça aussi ? Une que je partage un chouia quand même, mais c'est pas pour ça que j'ai raison (j'ai pas toujours raison, étonnant, non ?).

           Ce qui pourrait semer un doute, c'est que ça ne date pas d'hier, cette opinion... Je vous l'dis, mon bon Monsieur, y a plus de castrats !

      Et lisons ce qu'en écrivait Bernard Shaw  (il s'agit d'un article posthume, publié le 11 novembre 1950 (Shaw avait été prématurément retiré à l'affection des siens le 2 du même mois, dans sa quatre-vingt-quinzième année...) dans Everibody's Magazine).

     "L'idée que le chant s'est dégradé au cours de notre siècle n'est qu'une variante de l'illusion dite "du bon vieux temps". En réalité il s'est énormément amélioré. [ça a été écrit en 1950, n'oublions pas]
     Chaque époque souffre de l'illusion que l'art du chant s'est perdu et se retourne vers le passé, pour contempler un âge d'or imaginaire où tous les chanteurs possédaient le secret du bel canto, appris auprès de magiciens italiens et pratiqué in excelsis dans tous les grands Opéras d'Europe par des sopranos dotées de contre-ut et même de contre-fa, par des ténors qui vous poussaient des contre-ut dièses, par des barytons qui montaient jusqu'au sol dièse et par des basses profondes qui descendaient jusqu'au mi bémol grave...
    C'est ainsi qu'à l'heure actuielle nous idolâtrons les chanteurs d'il y a soixante ans. Or, je ne suis pas dupe, car je les ai entendus. Les chanteurs extraordinaires n'étaient pas meilleurs que ceux d'aujourd'hui et les chanteurs oridnaires étaient autrement pires.
    La production vocale dans son ensemble est aujourd'hui incomparablement meilleure qu'elle ne l'était voilà cinquante ans.
     Donc, qu'on ne nous parle plus de l'âge du
bel canto. Nous chantons beaucoup mieux que nos grands parents."

   Pour ma part, si je suis moins pessimiste que Sergio Segalini, le rédac-chef d'Opéra international (mais j'ai moins de références et surtout de connaissances), je suis moins optimiste que Shaw, qui écrivait il y a 50 ans, heureux homme, au temps des débuts (et quels débuts) de Callas. Je pense que nous avons perdu des voix qui seront difficilement remplacées. Puisse l'avenir me donner tort ! Même si pour certain répertoire du moins (le baroque, le chant orné, tiens, écoutez Natalie sans H2C dans Lakmé, Mady Mesplé et Mado Robin, y a pas match, même si la tessiture madolienne est inégalable), qui peut dire que les chanteurs actuels ne surpassent pas leurs prédécesseurs ? Allez, je vous laisse vous faire votre opinion.

1) ténor = con

    Tous des cons, les ténors ! (sauf Gedda et Vickers et Melchior ! et à la rigueur Kollo et Schreier et Carreras et Domingo et même le "pas mal rôti" dont au sujet duquel on cause beaucoup maintenant, mais qui, comme Gainsbourg, était pas mal du tout de son vivant), c'est bien connu, c'est même proverbial; les belles voix de mâles, c'est ou des haute contre (le pluriel, c'est quoi ?, non, c'est pas des falsettistes) ou des basses (un peu vulgos, mais Giaurov, Ramey, Moll, Bastin, Christoff, c'est pas sale) et surtout des barytons : demande qui sont les héros mâles de Don Giovanni ? 2 barytons et une basse, le ténor dans l'histoire c'est vraiment le dindon de la farce, il se la fera jamais Dona Anna ! Même Wagner les aime pas vraiment, il en fait des incestueux (Tristan, Siegmund, Siegfried) ou/et des idiots (Siegfried, Parsifal, Walter) ou/et des pas baisant (Lohengrin, Parsifal, Tristan) ou plus baisant (Tannhäuser). Mais écoute autre chose que des ténors, au hasard Raimondi, Van Dam, Gobbi, Hotter et consorts et tu verras que les appogiatures, ornements, afféteries et autres mièvreries qui te gonflent ne sont pas une obligation (en attendant d'apprendre à les aimer) !


   2) opéra = bel canto !

  Non ! c'est juste une période, courte dans une histoire quadriséculaire, faut pas faire comme Hergé qui n'aimait pas l'opéra qui pour lui se bornait à l'air de Marguerite dans le Faust de Gounod, tu sais, la Castafiore chantant "je ris de me voir si belle en ce miroir" (il aurait dû écouter le sublime air des rois de Thulé dans la Damnation de Faust de Berlioz, tiens, faudrait que t'essaies, tu verrais si les voix sont chiantes) .

3

Vickers en Otello

Le bel canto ou belcantismo, c'est grosso modo les années 1810-1840, de Rossini à Donizetti, une manière de chanter qui se caractérise par l'utilisation de la voix de fausset, les vocalises, les variations, les trilles. Cecilia  Bartoli ou la basse Samuel Ramey ont fait beaucoup, après Callas et Sutherland, pour le remettre au goût du jour.

    Et puis, les appogiatures et autres improvisations et ornements qui séduisent les uns (j'en suis) et peuvent paraître aux autres (défaut d'écoute ?) afféteries et mièvreries ne sont pas strictement obligatoires, même dans le bel canto, du moins comme nous l'entendons depuis plusieurs décennies, depuis Callas qui l'a plus ou moins fait redécouvrir.

3) opéra = Italie !

  (et gondole et napoli e tutti frutti) ma que e non vero (ma e bene trovato) si tu me passes cet italien de cucina, OK, Peri et Monteverdi ont inventé l'opéra, da Ponte a écrit les livrets du divin Mozart dans la langue de Dante, non solum "O sole mio" sed etiam "La donna e mobile", mais Rameau, Berlioz, Gounod, Bizet, Massenet [Offenbach] c'est du françouze, Moussorgski, Tchaikowski, Rimsky, Borodine du russkof, Janacek du tchèque, Mozart de l'allemand aussi (pour 3 oeuvrettes diront les mauvaises gens il est vrai, mais une oeuvrette de Mozart vaut un chef d'oeuvre d'un autre), Beethoven, Weber, Wagner, Strauss, Berg de l'allemand, Purcell et Britten de l'anglais.

4) opéra en italien = bel canto !

    Non, c'est une courte période [bis repetita placent] d'une histoire de plus de 400 ans de Pieri à Dusapin, 20-30 ans en Italie dans la première moitié du 19 ème siècle !
    Tous les compositeurs italiens n'ont pas été belcantistes, y a eu tous ceux d'avant 1800, les Monteverdi, Vivaldi Pergolese, Salieri. Même Verdi a fini avec Otello et Falstaff avec deux opéras en italien les moins belcantistes qui soient ! Les véristes étaient anti bel canto, qu'ils jugeaient un obstacle pour l'expression de l'émotion vraie.

           Caruso en Otello en Otello

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Jon Vickers en concert