operavivi Parsifal, qu'il vaut mieux lire ça qu'être sourd, et encore !
commis le 10/12/03



Parsifal, l'histoire

    Gurnemanz, vieux chevalier blanchi sous le harnois, accueille Kundry, femme errante et mystérieuse qui est allé au loin faire d’ésotériques courses : elle ramène d’Orient un énième remède destiné à soulager les souffrances insoulageables du roi Amfortas. Toutes ses tentatives précédentes ont échoué, mais appliquant à plein le précepte shaddok, elle ne cesse d’en remettre une couche. Gurnemanz tance 2 chevaliers qui par inadvertance pensent que Kundry danse un ballet rance.
     Parsifal est amené qui a lardé un cygne d’un coup de flèche magistral.
    Il assiste à la cérémonie du Graal comme Fabrice à Waterloo : sans rien y comprendre et sans en retenir quoi que ce soit de mémorable. Gurnemanz, déçu, le chasse.

Ce qu’on peut en dire

   Parsifal et les sexes = misogynie, quand tu nous tiens. Parsifal et le sexe = peur de la femme, quand tu nous tiens, désir de l’homme quand tu nous apeures !
   Parsifal est une œuvre tellement riche que plusieurs lectures sont possibles, certaines reflètent l’adoration qu’ont leurs auteurs pour cet opéra, d’autres sont plus iconoclastes qui naissent pourtant sous la plume d’autres adorateurs.
    J’adore Parsifal. Et parfois je trouve que c’est une œuvre misogyne à la philosophie douteuse. Et ça ne m’empêche pas, en en étant conscient, de continuer à l’adorer même ces fois là, même si je ne suis pas tout à fait misogyne ni philosophe douteux…
    On a accusé Wagner de déviance sexuelle, sous prétexte qu’il envoyait des poulets enflammés à son entreteneur Loulou der zweite de Bavière et qu’il aimait bien sur ses vieux jours abuser des parfums de cocotte et mettre des sous-vêtements en soie de femme (pas en soie de femme, de bombyx la soie, c’est les sous-vêtements qui sont de femme : robes de chambres, déshabillés, etc.), ce qui ne prouve rien, Hoover, du FBI en faisait bien autant et qui irait accuser ce dévoué défenseur de la vertu et des USA réunis d’être une tantouze, même en culotte fendue et bas- jarretelles ? On l’a donc également accusé, comme les gens sont méchants et d’esprit mal tourné, d’avoir commis avec Parsifal, hymne à la pureté/chasteté, un hopéra omo (qui lave plus blanc).

          Parsifal ou bien le Farci Pal ?.ça se discute, peut-être, mais je pense pas.

          Certes, on ne peut pas en faire une pièce sans aucune femme comme Billy Budd (où le désir de Billy pour le Captain s’exprime explicitement, jusqu’à bander une ultime fois pour lui au bout d’une cravate de chanvre), mais c’est tout juste. Dans Parsifal s’exprime une certaine présence féminine, mais quelle présence ! Des poupées sans âme, de belles plantes au sens littéral, juste bonnes à la jouissance et à la perdition des hommes, une mère morte castratrice, la maman à Parsifal, et une foldingue traîtresse narcolepse sacrilège immortelle (sauf à la fin de sa vie) qui est plus un archétype (l’immortelle chieuse tantôt angélique tantôt démone) qu’une typesse !    

          Non, en fait c’est pire, dans Parsifal, la femme n’est pas niée dans son utilité, cas de Billy Budd (à quoi servirait une femme sur un bateau si ce n’est à provoquer des bagarres, alors qu’on peut très bien dans la Royale comme dans la Royal Navy, se débrouiller entre marins, surtout si l’on dispose d’un beau Baby comme Billy).  Elle y est décrite soit comme une maudite pour l'Éternité à cause d'un péché inexpiable, Kundry, soit comme des créatures du Diable (ou d'un magicien pervers) à la cervelle de fleurs ou de légume, les Filles-Fleurs, tout juste bonnes à séduire les mâles par leurs jeux érotiques et/ou bêtas...

          Les hommes (les chevaliers du Graal, leur roi, Parsifal) y sont tous bons. Et Klingsor, le méchant ? ben, c’est plus vraiment un homme, il en a perdu les attributs. Et les chevaliers passés au service du mal, de Klingsor ? Mais, c’est que les hommes sont bons, à condition d’avoir quelque chose entre les jambes et de pas s’en être servi avec une créature du démon, une qu’a qu’un trou entre les jambes ! Les hommes sont bons, quoi qu’ils fassent dans leurs dortoirs-chambrées de Chevalier du Graal, du moins tant qu’ils n’ont pas connu une femme (y a pas le choix, c’est Kundry, la seule femme de l’histoire, ou alors un ersatz, une fille-fleur, le genre poupée gonflable et gonflante avec à peine un peu plus de conversation que la fleur -de pavé ?- dont elle est tirée), une seule femme, Kundry et quelle femme ! Quand elle bichonne pas les Chevaliers et surtout leur roi, elle leur flanque la chtouille ou les fait déserter. Ah, toutes des putes sauf ma mère à moi, Parsifolle, oh oui, d’ailleurs ma mère est morte et je l’ai oubliée, préférant courir après les Chevaliers (si, si, j’invente rien). Kundry est pas seulement une pute, c’est une folle et perfide, sacrilège, elle a ri des malheurs du Sauveur avec un grand R (comme Ritter).

       Ces hommes vivent ensemble et célèbrent un mystérieux rituel qui leur apporte joie, nourriture et santé, sauf un que ça fait drôlement souffrir d’avoir ça à se coltiner, alors Amfortas (c’est lui)  il laisse mourir son papa (Titurel) qui, sans ça, était parti pour lui pomper l’air ad vitam aeternam ! Tout ça parce que comme un Nietzsche moyen il a chopé une MST qu’à côté la syphilis et le SIDA, c’est de la gnognotte. Et qui lui a collé ça ? une femme, bien sur, la femme de l’histoire, Kundry ! Et c’est quoi qu’il a, le roitounet, une blessure au flanc qui saigne périodiquement, p’tain, les symboles chez Richard, sont pas durs à déchiffrer ! J’y comprends rien ? C’est bien plus profond que ça ? Possible, certain même, mais n’oublions pas avec Valéry (Paul du cimetière marin, pas le chanteur) que seul le superficiel est important.

     Parsifal, ce qu’il a commencé par transpercer au premier acte, c’est pas une oie blanche, non, mais un beau cygne, tiens au fait, c’est le même gros canard qui servira aux transports de son fils, Lohengrin, qui le pénètre en veux-tu en voilà avant que l’on se rende compte que ce gros emplumé n’est rien de moins qu’un jeune beau garçon… Lohengrin, qui se fait tirer par un cygne, ne consommera pas son mariage (ach ! les femmes sont décidément zu curieuses), d’ailleurs les seules unions de héros consommées chez Wagner sont incestueuses, le frère avec la sœur (Siegmund/Sieglinde) ou le neveu avec la tante (Siegfried/Brunhilde) et encore, ce malheureux Tristan baisera même pas sa Tata Isolde (encore que son petit-fils, Wieland Wagner pense le contraire) !
Étonnez vous après ça que l’on ait écrit "Wagner androgyne" !

  Et qui c’est-y qui va le sauver, notre Tatasse ? un homme, Parsifal, un homme vrai de vrai, avec des couilles mais qui n’a jamais connu la femme, qui l’a repoussée même, et qui va lui coller un de ces coups de lance qu’après ça sera lui qui sera le chef à la place d’un Amfortas déchu et content qui va le servir avec dévotion, c’est certain… C’est pas comme le méchant qui est un incapable (Klingsor) envieux qui sait même pas donner un coup de lance efficace ce qui ne vous étonnera pas puisqu’il a sacrifié ses bijoux de famille afin d’être sûr de ne pas céder à la tentation du vagin (berk !). Il est tellement nul qu’il est obligé de faire appel aux services de ses filles fleurs qu’ont pas grand chose dans le caillou ou à ceux de cette folle de Kundry qui pense qu’à dormir quand elle trahit pas les chevaliers. C’est dire jusqu’où il est tombé dans l’abjection, obligé qu’il est de créer des créatures femelles et de les côtoyer (reberk).

 

     Und la kolossal Philosophie dans alles ça ?
    Et bien, elle est belle. Un sauveur, une race pure, pas de mésalliance, tout ce qu’il fallait pour plaire à Adolf, bien que finalement cela sonna un peu trop chrétien pour les nazis.

    Bon, très bien, mais quel intérêt ?
« Et que me chaut, me diras-tu, cher (patient) lecteur, de savoir ce que tu penses d’un truc que tu me dis adorer ? Tout ce que j’y gagne, c’est l’exposé de tes turpitudes tortueuses que j’aurais préférer garder à tout jamais de moi inconnues ! ».
    Non, répondrai-je, c’est pas gratuit (surtout si on n’a pas de forfait illimité pour le chargement) ! ça veut dire que pour moi dans Parsifal la forme prime le fond. C’est le cas de tout opéra ? ouais, d’accord, on préfère tous le contenu au contenant, qu’importe l’ivresse si le flacon est beau, mais il est des cas où le fond est ach’tement important dans son expression formelle, j’m’essplique : Cosi traité comme un sombre drame ou même comme une très joyeuse comédie, même si c’est chanté divinement, ces contresens me gêneraient (et je parle pas des Nozze), rapport aux idées qui sont dedans (par ailleurs bien moins misogynes, quoiqu’on en dise, que le Farsipal). Billy Budd ou Peter Grimes sans référence, sinon à l’homosexualité, du moins à l’exclusion, ça vaut pas plus, et si le chanteur n’exprime pas sa particularité (sexuelle ou sociale), c’est nul ! Et c’est pour ça que cet homophobe coincé - intégriste chrétien de Vivi, avec son phrasé et son timbre si spécifiques, est plus convaincant dans Peter que Peters Pears, pédé patenté pourtant mais trop poli –j’ai pas dit trop au lit !- pour paraître plausible, un comble ! (pédé, c’est pas de l’homophobie, je suis pas homophobe, un de mes meilleurs amis..., c’est pour l’allitération).

      Ça ne veut pas dire que ça ne m’embêterait pas que Parsifal soit joué comme la Veuve joyeuse (autre chef-d’œuvre pourtant), caricaturez pas mes idées (quoi, quoi, pas besoin, elles sont déjà assez caricaturales telles que ? qui c’est qu’a dit ça, qu’il se dénonce !), non je veux dire que le fait qu’un chef, au hasard Boulez (ou dans un autre genre Karajan) laisse tomber le côté mystico-mystique-regardez-moi-comme-je-sauve-bien-le-monde ne m’empêche pas d’aimer (Boulez) ou de moins aimer (Karajan) et que l’attachement à traduire la solennité du sacré drame dans la musique (Kna, Levine, Krauss) n’est pour rien dans le fait que l’interprétation puisse me laisser indifférent (Levine) ou m’enthousiasmer (Kna, Kna, Kna, Krauss). Mes partis pris ne tiennent pas à la lecture philosophique ou religieuse de l’œuvre, puisque je n’adhère ni à sa philosophie ou à sa religiosité mais aux beautés formelles indicibles (j’essaierai pourtant) et si j’ose dire inouïes (c’est possible, ça, pour de la musique de pas l’ouïr ? ah, oui, oui, oui ! inouïr et mourir de plaisir !) que de grands chefs et de grands interprètes ont su y déployer.
       Et puis, d'autres fois, quand le chouchen ne me torture plus les tifs, même l'idée d'un autiste surdoué de la castagne qui sauve un être souffrant du fait de ses attachements matériels me paraît la plus belle du monde.

Richard, l’homme qu’on aimerait haïr


      Wagner et les suppositions
      Wagner est profondément antisémite, malgré ou à cause peut-être d’une filiation douteuse, (son beau-père qui était peut-être son père était peut-être juif), comme l’attestent ses propos, rapportés dans le Journal de Cosima (sans doute bien plus antisémite que son mari), ses écrits privés et publics et ses œuvres où l’assimilation gobelin-juif paraît assez évidente (Or du Rhin, Siegfried)… Pour faire bon poids, il est également pangermaniste, belliciste et francophobe (malgré ses sympathies pour les idées de Gobineau et ses sentiments pour Judith Gautier). Comme nul n’est sans défaut, nul n’est sans qualité, ainsi Richard est misogyne (je plaisante, la misogynie n’est pas forcément une qualité, aïe, pas la tête, j’ai des lunettes) et sa sexualité est au mieux perverse (déshabillés de soie, usage surabondant de parfum et d’eau de rose- heureusement pas dans son œuvre).
   Wagner est hypochondriaque, suffisant, orgueilleux et même vaniteux, il affirme être le créateur de « la Musique de l’avenir », en amitié il est traître (Cosima fauchée à son ami von Bülow, et je parle pas de la Wesendonck ou de Jessie) et /ou intéressé en amitié passionnelle (Louis II le Bien-aimé) comme en amour (Judith le fournit en parfums français, en lingerie (…), en couvertures ou châles de soie, dont une très qu’il a très élégamment nommée Judith…).
    Un autodidacte musical, un esthète au goût sur (sans accent !), un philosophe de raccroc ! Ses connaissances musicales sont inférieures à celles de beaucoup d’autres compositeurs du siècle (Berlioz, Saint-Saëns)… Ses œuvres de début ont été –sont ?- critiquées pour leur simplisme. Ses conceptions artistiques et esthétiques nous paraissent ridicules mais ses walkyries à –fausses- tresses blondes, soutien-nénés en acier et casque à pointe désolaient déjà les esthètes lors des créations de ses œuvres et suscitaient des caricatures féroces (d’où la germanophobie n’était pour être honnête pas absente).
   Ses œuvres, même si elles ne comportent que 3 actes le plus souvent, sont longues, très longues, et profondément pessimistes, à l’exception d’une (Les Maîtres Chanteurs, son Falstaff à lui, moins réussi que l’italien ?). Leur philosophie est raciste ou misogyne ou réactionnaire ou pour les plus réussies les trois à la fois.
  Son système philosophique plus confus que syncrétique emprunte à Schopenhauer, au panthéisme, au christianisme et au nationalisme pangermaniste. Ses idées sociales révolutionnaires ont viré avec l’âge vers un élitisme antidémocratique.

Wagner, le génie que l’on est forcé d’aimer

      À part ça ? que rajouter à ce tableau sans complaisance mais sans parti pris ?

    Son antisémitisme n'est pas dirigé contre les gens mais contre une conception de la musique, ses conceptions étaient totalement étrangères à l'idéologie putride qui a perverti ensuite l'Allemagne (et un bon peu de ses proches).  Détail "amusant" (sic) : deux des douze porteurs  de son cercueil étaient juifs, note Gregor-Dellin.

   Sa misogynie présumée est totalement contredite par beaucoup de ses écrits, dont parmi les tout derniers, cette phrase : "La perfection culturelle ou artistique elle-même ne pourra être atteinte que lorsqu'on aura supprimé la division de l'unité du masculin et du féminin".

    Et puis, oh, rien, trois rien, juste peut-être un petit détail : Wagner est un génie, un enchanteur, l'Enchanteur !
Ses opéras de maturité
(disons, à partir de Tannhäuser) sont tous des chefs d’œuvre absolus, dont un seul aurait procuré une gloire immortelle n'importe quel compositeur.

     Richard Wagner est un visionnaire ardent et sincère, un artiste sans compromission (sauf peut-être avoir accepté que Parsifal soit créé par M. Hermann Levi ?), un novateur théâtral (fosse d’orchestre de Bayreuth avec son orchestre invisible, disposition des instruments, des choristes) et scénographique (didascalies complètes, même si parfois vagues, et inspirées le plus souvent), un novateur,  un poète (il écrit tous ses livrets) admiré des plus grands et un auteur d’exception (même si le poète me semble supérieur parfois à l’auteur) , un génie musical, un des génies de l’humanité.

               

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Jon Vickers Parsifal