operavivi  revue de la critique française des Noces de Figaro
commis le 12.11.03
           

Discothèque idéale de l’Opéra Classica
Supplément du numéro de septembre 2002

Choix étonnant comme beaucoup d’autres (on y trouve d’autres étonnements, avec le top de l’absurdité débile, choisir Levine pour Otello et pour Oneguine !) = Solti 

Discographie de Patrick Scemama

(Guide des opéras de Mozart 1990)

Allure due surtout à sa distribution féminine Jurinac voix somptueuse, au style parfait, Sciutti une des plus exquises Suzanne que l’on puisse rêver.

Calabrese impérieux mais un peu lourd. Lecture très italienne de l’œuvre, presque « rossinienne »  accentuant le côté bouffe au détriment des subtilités psychologiques.

Comtesse de Jurinac encore plus accomplie que chez Gui, Streich Suzanne éblouissante, merveilleux Chérubin de Ludwig, le chef allemand fait preuve de bien d’avantage de vie d’allant, de brio [que dans la version studio de 58 où les hommes, Paul Schöffler en Comte et Walter Berry en Figaro ne sont pas à la hauteur]

Direction vive, tourbil­lonnante, charnelle, pleine de ce sens de la scène qui est la raison d’être des Noces.

Distribution parfaite d’é­quilibre et de complé­men­tarité, dernière Comtes­se de Schwartz­kopf, interprétation la plus complexe et la plus fouillée, Moffo Suzanne pleine de finesse et d’esprit, Cossotto Ché­rubin plein d’ardeur, sans lourdeur ni vulga­rité. Wächter Comte au timbre viril et au phrasé impérieux, Taddei voix gorgée de soleil, mais à la musicalité discutable

Direction aimable, bondissante, d’une gaieté toute communicative.

Raimondi image du Comte un peu caricaturale, Popp meilleure en Suzanne qu’en Comtesse ; Baltsa Chérubin un peu lourd, Hendricks charmante, mais…

Une version qui n’est pas sans intérêt mais qui ne fait pas le poids face aux concurrentes.

Résultat probant dégraisse l’orchestre de toute fioriture romantique, fraîcheur acidulée  pas sans charme. Véritable travail d’équipe, juste esprit de l’ouvrage.

Distribution d’une grande homogénéité, remarquable Suzanne de Bonney , Augér image assez complète de la comtesse même si la voix peut sembler trop âgée. Salomaa et Hagegård n’ont pas des timbres exceptionnels mais chantent avec justesse et franchise. L’ensemble s’impose.

Pas moins de 34 versions passées en revue par cet excellent critique (pas Levine et Davis)
Sa conclusion : " dans les versions anciennes, c’est bien sûr Karajan qui domine, pour la richesse de son interprétation, l’urgence de son propos, la perfection de son style, talonné de très près par Kleiber qui laisse peut-être la plus belle direction d’orchestre des Noces et l’exemple le plus accompli de l’" esprit " viennois. Mais Giulini n’est pas en reste et Böhm, pour la période intermédiaire, donne l’image la plus représentative d’un Mozart classique et équilibré. Pour la période récente, Muti vient largement en tête pour la modernité de son propos, suivi de Solti (pour l’éclat de sa distribution) et de la version Östman qui constitue mieux qu’une curiosité. "

Discographie de Piotr Kaminski

(L’Avant Scène OPÉRA N°135-1361
nov/déc. 1990)

Sciutti  et Bruscantini incarnations d’italianità joyeuse, débordant de naturel et d’esprit dans les dialogues, délicieux d’aisance dans les airs.

Figaro, Suzanne et comtesse parmi les mieux chantés du disque.

Comtesse d’anthologie, comte mâle et imposant, un peu épais.

Stevens trop tard pour camper un Chérubin crédible

promet beaucoup mais ne tient pas ses promesses, spectacle pesant, sans vrai contour.

Les 2 maestre (FDK & ES) chantent comme des anges

Schwartzkopf miracle de sobriété

Cuénod irrésistible

Kunz italien pénible et voix dégradée

Ludwig on rêve de Vénus

A failli –seulement- rééditer le miracle du Don Giovanni. Wächter ruine son Comte, voix mise sous pression « expressive » constante. Taddei, doué, sabote en grande partie « Non piu andrai » et qq autres scènes. Moins grave que W. mais frustrant. Moffo une des plus belles voix de notre époque.

Malgré tout une somme de qualités remarquables

Fête de couleurs et de transparence. Quelques erreurs de tempo dus au manque de rodage scénique. Van Dam Figaro idéal hélas Hendricks n’est qu’une jolie poupée de porcelaine sans socle, Pop n’a plus les moyens mais chant reste souvent exquis et jamais indifférent. Raimundi couleurs vilaines de sa voix grave, mais air presque virtuose. Baltsa brille dans récitatifs, mais pas dans les airs. Palmer excellente Marcelline.

Passage obligé malgré toutes les réserves

Tentative de retour aux sources mais manque de vrai projet.  Salomaa belle basse légère reste seul en mé­moire. Bonney charmante, joli petit timbre argenté, bonne intonation, pas suffisants pour une Suzanne, Nafé manque de discipline, Augér Barberine surdistribuée, pure, délicate et musicale, timbre ayant beaucoup perdu de sa couleur, Hagegård avare de timbre et court de phrase, italien approximatif, bons Feller et Della Jones qui mériterait bien un Cherubino.

37 versions recensées. Sa conclusion : " Impossible d’épuiser la question en une seule version, pourtant, s’il n’en restait qu’une – nous opterions pour Kleiber. On peut y ajouter Giulini, seul édité en deux CD [faux ! cf. Rosbaud !], pour son italianità et sa tenue générale. Voici la base –mais la superstructure est immense.
Il faut donc connaître Busch, malgré sa distribution ; le Walter de 44 malgré ses blessures, pour tous les participants ; Karajan I pour Schwartzkopf, Jurinac, Kunz et London ; Reiner pour lui-même et Los Angeles ; Furtwängler pour tout le monde, Schwartzkopf et Seefried en tête, et pour l’esprit inimitable d’une grande soirée ; Rosbaud pour Panerai et la vie théâtrale ; il faut avoir entendu une des Comtesses de Jurinac (Gui ou Böhm) un des Cherubino de Ludwig (Böhm de préférence) ; la direction de Fricsay, malgré tout ; la Suzanne de Sciutti avec Maazel ; le Böhm de 68 pour Janowitz, Troyanos et la tenue générale ; Klemperer pour ne pas mourir idiot [ah bon, je l’achète demain !] ; et Freni ; et Berganza ; et Karajan II pour le souffle ; et Solti pour sa distribution ; et Marriner pour la lumière, Van Dam et Popp ; et Desderi ; et Östman par curiosité. "

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